Que vas-tu faire de ta vie ? (2/2)

Au printemps 2001, le bug de l’an 2000 n’en finissait pas de résonner comme un long cri rauque ricochant entre les parois de deux falaises en grès ocre. Il était évident que la vie ne serait pas la chose la plus facile à vivre durant les les quatre prochaines années, des années où le monde ne tiendrait plus qu’à un fil ténu. La 6 cordes de Will Sergeant enrubannée de violons jouait l’équilibriste au-dessus du néant comme un filament de morve accroché aux deux bords lisses du vide, ne rompant jamais. La guitare avait choisi clairement le parti de la tristesse lancinante. Ici, on n’est pas dans la mélancolie douce, rassurante de Léonard Cohen. Ici, on n’est pas dans le cafard suicidaire de Nick Drake. Ici, on est dans un numéro de funambule où la tristesse lancinante se métamorphosera en sérénité chatoyante bien plus tard, quand les secousses sismiques du début du millénaire se seront tues. Les deux versants d’une même vallée. La voix éraillée, elle, glisserait doucement entre la pente abrupte d’un glacier lunaire et la pente douce de la dune aux fétuques bleues.
En mai 2015, après une journée de marche sous la chaleur sèche avec Soumi-de-Bamako et JM-de-Ségou, ils se coucheraient face à la lune dans un campement au pied de la falaise Rouge. Lui, les yeux dans les yeux avec la lune presque pleine et What are you going to do with your life en Repeat. Endormissements successifs entrecoupés par la voix éraillée, les accords ondoyants de la 6 cordes, plein de cuivres, plein de violons. Et le son de velours du mellotron, le 8. Repeat, Repeat, Repeat.

Là, maintenant, il y a quatre ou cinq minutes, il sortit de l’état hypnotique dans lequel l’avait plongé la musique. Il grimaça, enfonça les épaules dans l’eau jusqu’aux clavicules, tendit la jambe droite, agrippa le robinet avec les orteils du pied droit. Il y aurait d’abord l’eau froide un peu plus d’une minute. Puis l’eau chaude, puis il se redresserait, puis l’eau bouillante au bout d’un peu moins de deux minutes. Les mains qui rameraient à contresens, histoire de ramener l’eau brûlante vers le ventre, les genoux et les cuisses repliés contre le buste quand l’eau serait vraiment très chaude, partout. Tenir 2 ou 3 minutes. Se pencher vers le robinet. On, Off.
Là, maintenant, sérénité chatoyante. Les claviers hésitant entre harmonium et accordéon, mellotron encore, Baby rain, number 4, typically British, romantisme adolescent à grands coups de violons, sérénité lancinante, 38’29 », shit, sortir du bain, ipod, Repeat.

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