Dehors, il y a Django (avec un D muet)

Y’en a qui disent que c’est le meilleur depuis Pulp fiction, y’en a qui disent qu’il est trop long. Y’en a qui disent que certaines séquences de dialogues sont du pur bavardage, qu’il ne peut pas s’empêcher d’en mettre des couches et des couches question hémoglobine.

D’abord parce que ce mec a les couilles de parler de la VRAIE histoire américaine, celle qu’on occulte, en pleine réélection made in U.S.A. Imaginez le même film traitant de la colonisation de l’Algérie ou du Congo. Imaginez les frères Dardenne dépecer les exactions des colons belges sous Léopold 2. Vous voyez ce que je veux dire ! JE RIGOLE ! (Tarantino n’avait-il pas remis la palme d’or cannoise 2004 à Michael Moore, au grand étonnement de la presse – voire du mépris des plus cinéphiles !)
D’abord parce que ce mec crée, construit les fables de ce début de siècle, un peu comme Lucas et ses Star wars 4-5-6, qu’on se repassera au 22ème et 23ème siècles (« Apocalypse now » me semble bien mièvre aujourd’hui). D’abord parce que ce mec raconte TOUS les génocides quitte à nous rappeler qu’en 1994, en plus de Kurt Cobain, il y avait le Rwanda.
Que l’Inquisition n’est jamais très loin.

D’abord / surtout parce que ce mec, l’air de rien, est le prince de la nuance, capable de nous balader du premier au 104ème degré. Tarantino parvient ainsi à nous montrer un chasseur de primes qui préfère ses proies mortes plutôt que vivantes, passant de l’attitude bienveillante – quoiqu’un peu je m’en foutiste – envers les esclaves à une prise de position nette et sans bavure (déclic : la scène des chiens et de l’esclave). Parce que, sans cette surenchère d’hémoglobine, la vision de ce film serait tout simplement insupportable, que l’exagération hystérique de la violence a des vertus thérapeutiques et nous permet d’échapper quelque peu à la véracité de la VRAIE histoire.

D’abord / surtout parce que ce mec est le roi de la bande-son, qu’on se poile rien qu’à reconnaître les premières notes introduisant une séquence hard, parce qu’il se permet, lors d’une autre séquence encore bien plus hard, de glisser Freedom de Richie Havens, enregistré live à Woodstock (et PAN, les peace and love). Parce qu’il pose les questions de la violence comme seule arme pour enrayer la violence, de l’autre violence qui est ancrée en chacun de nous, de la violence pour la violence.

D’abord / surtout parce qu’il n’arrête pas de faire des incursions dans notre monde globalisé (Ah, Candyland !), qu’il démontre la terreur exercée par un système (le capitalisme ?) dont le but ultime est l’exploitation de l’homme par l’homme (tiens, tiens !), de l’asservissement de l’un au profit de l’autre.

Et surtout / enfin, parce que Tarantino s’attribue le rôle du mec un peu lâche, du MONSIEUR TOUT LE MONDE qui est du bon côté du manche, qui en a un peu rien à foutre, et à qui le réalisateur réglera son compte de façon tonitruante. Et surtout / enfin parce qu’il met en scène un vieil esclave qui n’a rien à envier à son maître question cruauté (tout maître a besoin d’un chien qui lui mange dans la main et qui montre les crocs à ses congénères, dixit l’Amoureuse).
Et surtout / enfin parce qu’il monte un film de près de 3 heures et qu’on ne traite pas d’un tel sujet en moins de 2 heures.

Et ENFIN / SURTOUT parce que je suis un fan absolu de son humour à la con, classe et hystérique qui vient nous souffler à l’oreille : Hé, c’était pour rire, HEIN !

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