Auteur : michelvandam

Professeur des scénario/écriture à l'Académie des Beaux-Arts de Liège Animateur d'ateliers d'écriture Auteur de bandes dessinée/co-écriture de courts métrages d'animation Auteur de nouvelles

78, rue de l’Arbre bénit (Bruxelles 1/3)

Il y a ces deux mecs qui débarquent de Charleroi à Bruxelles, au milieu des années 70. Le Premier était de Charleroi, ou de Fleurus. Des environs de Charleroi, ça, c’est sûr. Le Deuxième, lui, venait de Gembloux, cotait juste derrière le terrain du Sporting, rue des Sports. Le Premier, on l’appelle le Premier parce qu’il a servi de trait d’union entre l’histoire de Charleroi et l’histoire bruxelloise qui allait suivre. Le Deuxième ne se souvient plus comment ils se sont rencontrés là-bas. Par l’intermédiaire de Franco, le fan de José Feliciano ? Dans quelles circonstances avait-il alors rencontré Franco ? Ce qui est certain, c’est que Le Premier et Franco étaient des adeptes de la religion bahaïe, que le Deuxième n’était pas allergique à cette forme de spiritualité qui sentait bon la Perse (c’était avant de découvrir Bowie et Gong, de rencontrer la Troisième et le Quatrième).
A Bruxelles, ils furent accueillis par la diaspora bahaïe. Ils partageaient un studio minuscule au rez-de-chaussée d’une minuscule maison blanche de 2 étages à 20 mètres du Styx et de ces deux salles d’une trentaine de places d’art et d’essai pur et dur. Au rez de chaussée, il y avait une salle de douche ridicule avec wc. Tellement ridicule qu’il se déshabillait assis sur la toilette. Il faisait aussi pipi assis, le nez et les genoux encastrés dans la cloison (il fait toujours pipi assis, ça remonte au milieu des années 70).
Au deuxième étage de la maison blanche, il y avait une jeune femme d’Antibes qui aimait les batailles de coussins et Bob Dylan. C’est la seule femme avec qui il ait pu partager Robert Zimmerman d’égal à égale.

Il y a quelques semaines, le Deuxième est parti à la recherche de ses souvenirs bruxellois, est repassé devant le Styx, a regardé la programmation lambda affichée à l’entrée, a soupiré presque bruyamment, a remonté le trottoir sur une dizaine de mètres, s’est posté devant la mini maison blanche du 76 de la rue de l’Arbre bénit, s’est retrouvé confronté avec son reflet flou dans la grande fenêtre du rez, a levé la tête vers les deux petites fenêtres du second étage.