Vendredi 01/02/2013 18h00

Dehors, c’est entre chien et loup. dedans, c’est le bordel au Mali.

Dans un bistrot, peu avant 18 heures. Gros titre du Soir : exode des Arabes et des Touaregs… suivi, comme toujours, d’une info fragmentée, non contextualisée.
Hého ! D’abord, on arrête d’employer le mot Arabe à toutes les sauces. On recommence. Gros titre du Soir : Exode des Maures et des Touaregs. Voilà !
Il y a deux ans, passage de la frontière marocaine, direction la Mauritanie. Longues file de poids lourds avec le Rav 4 dans le rôle du lutin. On avance par à coups de 20 mètres toutes les 20 minutes. On fait la connaissance d deux mecs du coin (des indigènes, des autochtones, quoi!). Le cul assis sur le sol sec et aiguisé de cailloux acérés, à l’ombre d’un semi remorque, et deux mecs qui tentent de nous vendre quelques services qui faciliteraient notre passage à la frontière mauritanienne.
Deux, trois heures auparavant. Bitume tout neuf jusqu’à la douane marocaine (la veille, on exterminait des Saharauis pas loin, mais on ne le saura qu’une fois arrivés à Bamako) Je continue. Bitume noir-brillant jusqu’à la douane marocaine et passage de frontière dans un paysage lunaire (cailloux acérés) où l’on roule à pas d’homme (quand on roule/voir quelques lignes plus haut), histoire de bien faire sentir qu’on débarque dans le 1/3 monde. No man’s land. Les deux mecs : un Maure et un Black. On met les pieds dans le plat, on pose quelques questions concernant la démocratie.

La conditions des Blacks, par exemple. Le Maure monologue, dit qu’il n’y a pas de problème. Le Black se tait, le regard rivé dans le paysage lunaire inondé de la lumière du début de l’après-midi. Ce n’est qu’en 1981 que l’esclavage a été aboli en Mauritanie. Officiellement.
Le Black ne bronche toujours pas, les yeux aveuglés par la caillasse acérée.

Une dizaine de jours plus tard, on quitte Bamako pour rejoindre Fogoti, dans le Sahel. Notre ami Z (Malien) nous a proposé d’aller fêter l’Aït el kebir (majuscule? minuscule?) chez lui, dans la famille. Quelques centaines de kilomètres sur la piste rouge en tôle ondulée (seule condition pour ne pas être secoué : rouler à fond la caisse). Puis, la tôle ondulée rouge fait place à une piste sablonneuse. Vers 16h, Z nous indique une trentaine de huttes, là-bas, dans le prolongement du pare-brise. Des huttes de chaque côté de la piste.
-Ton village, c’est celui de gauche ?
-Non, celui de droite. L’autre, c’est le village des esclaves.
Et si le rôle des journalistes étaient de rendre compte de la complexité du monde !
Bon, d’accord ! Ici, dans les beaux quartiers, on a les jeunes filles au pair.

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