Dehors, le 14 avril 2014 entre 14h et 17h30

 

Grand Budapest Hotel. Impossible de pas aimer le dernier film de West Anderson, faudrait être amputé des yeux, du cervelet et du lobe frontal. On peut pas passer à côté d’un univers où se mélangent ceux de Genet/Terry Gilliam/Gondry, avec les Carpates comme toile de fond. On n’est pas dans l’imitation, on est dans la même famille. L’histoire absurde et poétique du concierge d’un grand hôtel dans le rôle du grand niqueur romantique de vieilles veuves forcément alanguies et fortunées. Mais pas que.

Her, Spike Jonze. Theodore, écrivain publique devant son écran d’ordi, traîne sa mélancolie dans les années 2040/2050. Un an de rupture derrière lui et toujours pas de réconciliation avec le passé. Aucune madame du présent pour effacer la silhouette de l’Autre. Alors, il crée un système d’exploitation, une autre Autre, Samantha, qui devancerait ses questions et ses désirs. L’histoire d’un mec qui ne parvient pas à reprendre pied dans le réel après un cataclysme amoureux et s’invente, grâce à la technologie de 2040/2050, un fantasme à la voix éraillée et bandante (Scarlett Johanson). Mais pas que.

La première grande qualité de Her, c’est d’amener le spectateur dans un univers d’anticipation sans utiliser les artifices de décors ou les moyens technologiques inhérents au genre. Jeux de lumière naturelle, jeux de légères plongées et contre-plongées. Mobiliers minimalistes presque Ikéa, mobiliers parfois légèrement décalés. Même le jeu vidéo 3D auquel joue Théodore est d’une sobriété légèrement extravagante, simplement le jeu vidéo avec lequel on rêverait de jouer. Même Samantha, on la voit jamais ! Rien pour distraire.
Mais le grand truc de Her, c’est le fantasme. Alors, je sais pas si c’est moi tout court, je sais pas si c’est moi en tant que mec, je sais pas si c’est moi en tant que membre de l’humanité. Mais pas que.

On a tous été comme Théodore aux lendemains d’une vraie rupture amoureuse. On s’est tous échappés ailleurs parce qu’on ne pouvait pas se dépêtrer de crises de nostalgie aiguë, on s’est tous inventé une madame qui cumulerait les caractéristiques de la meilleure amie du monde entier, de la meilleure amante du monde entier, de la meilleure interlocutrice du monde entier. De la meilleure oreille du monde entier. Une madame qu’on placerait sur un piédestal parce qu’elle précéderait la prochaine question, le prochain désir, qu’elle compléterait la réponse qu’on a laissé en plan. Sans oublier la voix éraillée de Samantha. Il est clair que si Spike Jonze avait utilisé une voix synthétique, ça l’aurait pas fait question cliché érotisant.

 

 

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