Dedans, finis les jurys intra-muros

Il y a ceux qui opinent de la tête, quelques rides sculptées sur le front le matin même devant le miroir de leur salle de bain, le pouce, l’index et le menton ne faisant qu’un. Il y a les profs (en général, il n’y en a qu’un) qui attendent d’abord que leurs collègues se mouillent avant de l’ouvrir, qui se déjugent pour rejoindre la majorité, quitte à descendre un étudiant à qui ils ont dit toute l’année que tout était ok, la trahison et la vanité ne faisant qu’un. Il y a les généreux qui se font l’interprète de l’étudiant à bout de mots (en général, tous les autres).

Ceux qui soupirent à l’idée de commencer une journée de jury qui n’est même pas comprise dans leurs heures (en général, il n’y en a qu’un), tous les autres qui se réjouissent sincèrement de ce moment privilégié où l’étudiant doit être le lieu de convergence de tous les mots, ceux qui aspergent un auditoire de 5 ou 6 personnes de psychologie produit blanc (en général, il n’y en a qu’un), qui sont à l’enseignement ce que Bernard Henry Levy est à la philosophie, qui ont décidé que leur vie serait une marque déposée tout à la fois exportable et inimitable. Il y a ceux (en général, il n’y en a qu’un) qui prennent un air entendu avant de commencer chaque phrase, qui commencent chaque intervention par « je croâââ/ tu voâââ », espèce de télé-évangéliste lacanien, qui regardent les autres d’un air entendu comme s’ils s’adressaient à un troupeau de trisomiques forcément béats et admiratifs. Il y a les autres (en général, tous les autres) qui se mettent sur la pointe des pieds histoire de montrer à Bernard-Henry Levy et à Jacques Lacan qu’eux aussi ont du vocabulaire.

Il y a ceux qui cherchent à savoir qui se cache derrière les dessins, le pourquoi du comment, qui ne mélangent pas le résultat de leurs cogitations narcissiques avec le travail de l’étudiant. Il y a ceux (en général, il n’y en a qu’un) qui ne supportent pas que l’étudiant n’ait pas eu besoin d’eux dans son parcours initiatique. Il y a ceux qui viennent à un jury dans l’espoir de rebooster leur ego, ceux qui considèrent l’avis des collègues comme une mise en cause de leur travail pédagogique (en général, il n’y en a qu’un), ceux qui sont heureux d’être là, tout simplement là, dans l’échange. Ceux (en général, il n’y en a qu’un) qui assènent leurs vérités à grands coups de « Tu vois, là, à ta place, j’aurais… » alors qu’ils découvrent le travail de l’étudiant. Ceux qui (en général, tous les autres) défendent leur étudiant face à Bernard Henry Levy et Jacques Lacan (en général, c’est toujours le même, voir plus haut).

Il y a l’étudiant, quelque part.

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