Les ménopausées aux cheveux orange

Elle dit qu’elle est transparente, qu’on ne la remarque plus, que les voitures ne s’arrêtent plus pour la laisser passer. Elle fulmine, invoque les rides, parle de chirurgie esthétique, gestes à l’appui. Elle place ses index sur les tempes, pousse latéralement le surplus de peau le long des oreilles. Simultanément, elle place ses pouces sur sa glotte, ramène les peaux vers le bas tout en levant le menton; prend la pause vaniteuse du lama juste avant qu’il crache. Elle dit:
-Et comme ça, tu me trouves belle?
Ca, c’est ce qu’elle voudrait qu’il entende. Lui, il entend:
-Et comme fa, tu me troufes pelle?
Il l’imagine immobile devant le passage pour piétons, exerçant la même gymnastique faciale. Il imagine la gueule des mecs derrière leur volant. Mais ça, il ne lui dit pas. On ne se moque pas du désaroi des madames se plaignant d’un trop plein de peau.
Elle insiste, tentant de dater le phénomène:
-Il y a quatre ans, les voitures s’arrêtaient encore.
Maintenant, ses mains la jouent « méditerranéenne ». Ses doigts valsent autour d’elle:
-Tu ne voudrais quand même pas que je me teigne les cheveux en orange comme toutes ces ménopausées… comme si elles avaient un gyrophare qui clignote sur la tête : Prends- moi, prends-moi!
Lui, il imagine la gueule de l’automobiliste.

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