Mardi, c’est Belgique – Espagne

Et puis il y a ce texte du lundi où l’on ne sait pas ce qui importe de la forme ou du fond, et puis c’est quoi le fond ? parce qu’il faut des morts pour raconter ? parce qu’il faut des cadavres pour se parler ?  parce qu’on est dans le bistrot près du fleuve – bon, faut que je sois clair, on c’est moi – donc je suis dans le bistrot près du fleuve et je parle avec un vieux tunisien plus vieux que moi, qu’il me dit qu’à Sfax, quand il était ado,  juifs et arabes faisaient la fête ensemble, moi, je l’écoute me parler d’Oum Kalthoum, et je continue ce texte dans le bistrot près du fleuve tout en le regardant, et repensant  qu’hier, sur la table voisine,  quand j’ai vu Grand chef et La belle au bois dormant, quand je leur ai parlé de la femme orientale au turban bleu vraiment bleu, quand Grand chef m’a dit qu’il voyait qui c’était, et on a parlé du match de mardi que je ne verrai pas parce qu’on travaillera toute la soirée – ici, le on se justifie –  parce qu’on travaillera sur un nouveau projet de dessin animé, et je raconte, là, maintenant, au vieux tunisien – c’est la première fois qu’on se parle vraiment aussi longtemps comme quoi, les morts, ça sert à se parler – le vieux tunisien  plus vieux que moi que j’appelle Fils de Bourguiba depuis que j’ai entendu sa sonnerie de gsm pour la première fois, je lui raconte l’histoire de ce copain arabe, conducteur de tgv, qui a fait changer son prénom Yassin sur sa carte d’identité par Bruno parce qu’il en avait plein les couilles de se faire fouiller par les flics à Paris Nord chaque fois qu’il descendait du tgv, et lui, le vieux tunisien plus vieux que moi, me raconte sa femme hollandaise et la naissance de sa fille il y a plus de trente ans, et du choix du prénom Sarah pour ne pas faire trop arabe dans la Hollande et dans la famille bourgeoise de son épouse, et Grand chef qui m’a raconté le match Belgique-Italie que je n’ai pas vu parce que je ne voyais qu’elle, alors que le fils de Bourguiba me dit qu’il veut vite retourner à Sfax pour voir sa rue et les petites mouches, et les moustiques, qu’il me dit merci en se levant parce qu’on a parlé, et c’est moi qui suis heureux, et il faudra que je luis dise que la première fois que je l’ai vu ici, au bistrot près du fleuve, il m’avait fait pisser de rire parce que, les premières notes de sa sonnerie de gsm, c’était la brabançonne, lui, il était imperturbable, répondait en arabe comme si tout ça, c’était normal.

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