Alors, les vieux punks, vous venez manger ?

La contrôleuse du train Liège Ostende se fait draguer par un vieil Indiana Jones. Dehors, le ciel gris comme parenthèse continue entre le point A et le point B. Dedans, l’écriture comme une ligne d’horizon qui ne parvient pas à se positionner dans l’espace. C’est quoi Écrire ? En quoi des mots ont-ils quelque chose à Dire ? Dehors, assemblages de rails et d’aiguil-lages peu avant Bruxelles. Imbroglio de voies pour destinations imprécises avec toujours la ligne d’horizon comme but ultime fantasmé, comme un mur en briques transparentes qui se déplacerait au gré des errances du voyageur sans valise. Le vieil Indiana Jones s’empêtre les doigts dans un sachet de chips taille XXL trop grand pour ses yeux presbytes. Les mots, eux, dans la tête du voyageur, s’entraînent à des parties de ping pong unisexes sur terrain de foot. Pas facile quand on ne sait pas rebondir ! Dehors, toujours, bien plus tard, sur le trottoir qui longe le bistrot en face de l’église en briques rouges, une jeune quinqua grise à robe rose marche comme un avion qui décolle sauf qu’elle ne décollera jamais. Mélange de sauterelle sautillante et de mouette mazoutée, avec le cul incurvé comme une scoliose en virgule qui ne parvient pas à regarder les nuages dans le fond des yeux. Un cul-virgule n’est pas la panacée quand le port de tête dit NON dans un grincement de nuque tonitruant. Ce n’est qu’une guerrière de pacotille qui n’a pas d’autre choix qu’un cul-virgule qui pogote comme un oiseau unijambiste, arrimé à des jambes dépourvues de la chair la plus essentielle et, bien plus haut, un menton qui n’a d’autre solution que de supporter le poids d’un mécanisme primaire qui articule des mâchoires coulées dans la fonte. Il n’y a pas de danse possible avec elle ! Ce n’est pas parce qu’on a un cul-virgule qu’il y a déhanchement ! Et puis, il lui manque un ventre qui bouge. Pas de tsunami autour du nombril. Juste une steppe sans chaman balayée par des vents immobiles ni chauds, ni froids. Bien sûr, tout en haut, il y a de grands yeux foncés qui balayent incessamment l’espace de droite à gauche donnant l’impression au voyageur sans bagage qu’il fait partie du paysage scruté. Mais, des yeux qui bougent, ça ne suffit pas non plus pour une vie entière ! Lui, il ne se contente plus d’un cul qui sautille et d’un regard qui gobe la ligne d’horizon. Dehors, à la terrasse du bistrot, en face de l’église en briques rouges, deux amis découvrent qu’ils sont toujours amis après 9 années de vies orphelines de l’autre. Ils parlent avec avidité, comblent goulûment la parenthèse de 108 mois. Ils parlent des amoureuses pour toujours d’aujourd’hui, des enfants, des mères de leurs enfants, et tout et tout et tout. Sonnerie distincte sur leur portable respectif. Regards discrets vers l’écran des deux smart-phones. « Alors, les vieux punks, vous venez manger ? »

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