rencontre improbable entre une valise jaune et un rasta (5/9)

Bamako, quelques jours à Bamako. Je rencontre Zara, l’ami de J-M. Zara qui nous a trouvé l’appart, qui nous emmènera dans ce petit « resto » camerounais qui deviendra notre cantine.
Bamako, le Marché Rose. En 2015, je reviendrai au Mali par avion, atterrissage à Bamako que je ne ferai que frôler. Top de pollution, plus de marché rose. Brûlé, cramé, en cendres.
Le 15 ou 16 novembre 2010, on franchit un dédale d’allées encombrées, bruyantes au delà de toute imagination. Bousculades tranquilles et joyeuses. On monte et descend des escaliers encombrés, bruyants au delà de toute imagination. On arrive dans un salle assourdissante au delà de toute imagination. Des dizaines et des centaines de mains tripotant des machines à coudre les unes sur les autres. J’enregistre tout. Picotements sonores (je rêve d’être musicien-bidouilleur de sons). J’ai glissé l’enregistreur dans un gant de toilette, plus discret, moins « voyeur » Et puis, le gant de toilette amortit les chocs, évite les bruissements, les frottements quand on se fraye un chemin entre toutes ces voix et ces tissus multicolores (les boubous !) qui s’interpellent. L’autre main, celle sans le gant de toilette, contrôle de manière permanente le porte-feuille. Autour, bouffe, fausses Nike, faux « tout ce que tu veux ». Dédale de corps. Essayer d’être transparent. Pas blanc, transparent. Impossible, évidemment. Surtout ne pas être pris pour un touriste (impossible évidemment puisque blanc-pas-transparent).

On n’est pas venu ici par hasard. JM veut voir Baru, Baru-le-Rasta, vieux gosse des rues. Après une trentaine de minutes où je me contente de le suivre sans me faire distancer (il n’y a pas de possibilités d’appel au micro pour les enfants perdus !), après avoir monté, descendu, traversé, on débouche sur une terrasse étroite qui surplombe le Marché Rose.
Tout au bout, là-haut, petit carton: Si je ne suis pas là + numéro gsm. Baru-le-Rasta-coiffeur. Sa tondeuse, attachée à une corde, pendouillant à un clou. Petit coup de fil et retrouvailles 5 min plus tard. Retrouvailles, embrassades entre Soumi-le-Rasta-coiffeur et JM, le Vieux Lion.
La position du voyeur en extase. Plongée. En bas, vu d’en haut. Ça grouille, ça crie, ça résonne. Ça pique aux yeux, toutes les couleurs en bambara. Je veux me faire greffer une caméra à la place d’un des yeux… c’est possible, docteur? Cela dit, j’ignorais que je me retrouverait aux urgences dès mon retour pour un décollement de la rétine. L’œil droit, celui de la caméra.

Ibrahim, Hamadou (Zara), Baru, Ismaêl (Soumi), Oumou, Ernest, Fatou, Abba, Sidi, Sadi, tous les Bolli, Malik, Falery, le belge de l’ulb, Boubacar, Titi, Yaya, Bina.
Visages par ordre d’arrivée entre Bamako, Fogoti et Ségou. Énumération parce que les phrases sont au bord de la trahison. Compliqué, délicat de traduire, pas de traduction, des sons, palabre. Peur des mots, qu’ils dénaturent tout. Alors, utiliser le plic-ploc, le cut up, les bouts de phrases. Ne pas trahir. Surtout !

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