une valise jaune au pays des moutons morts et des baobabs (4/9)

Mercredi, 10 novembre 2010.
Toujours les contrôles de police ou de gendarmerie ou militaire (près d’une quarantaine sur les 1600 kms mauritaniens). Après-midi, 140 kms en 3 heures. Route défoncée, affaissée, trouée style trou d’obus, bitume fondu. Toujours au pain sec et à l’eau (Bon, suis bien tombé sur un petit pot de sirop de Liège dans le vide-poche de la bagnole). Pas évident de trouver de la bouffe en Mauritanie (le Coca :tant qu’on veut). Toujours un parcours chaotique dans une région inondée où la piste s’enfonce dans l’eau sans qu’on sache jusqu’à quelle profondeur. Ça ressemble un peu à des paysages d’après typhon en Asie. Un peu quitte ou double !
A 18 heures, on nous stoppe à un poste de gendarmerie, juste au coucher du soleil. Pas question que des toubabs voyagent aussi tard et campent sur le bord de la route. Stop, pas le choix ! On plante les tentes derrière le poste. On discute avec nos nouveaux amis à la lumière des lampes de poche. On nous explique qu’il y a des coupeurs de route, des touaregs sanguinaires. Aucune allusion à Oukaïdioukaïda. On ne leur dira pas qu’on est fort antimilitaristes, et qu’on ne croit pas du tout en Dieu. Deuxième jour de pain sec, deuxième jour sans se laver. On attendra demain matin pour un deuxième caca- nature . Trop noir, aucun repaire, pas du tout rassurant de se retrouver avec un froc sur les genoux en pleine obscurité ! Avec, en plus, un âne, une chèvre et 4 militaires à proximité.
Caca-nature, Acte 2. Je ne suis pas particulièrement scato (en tout cas, pas plus que la moyenne des mecs) mais il me paraît important de raconter l’envers du voyage, l’autre côté de la médaille :, la recherche d’un endroit, à 6 heures du mat, pour, tranquille, quoi ! Et quand on a trouvé un endroit paisible, derrière une maison, à 20 mètres des militaires, à 4 ou 5 mètres de la chèvre qui vous regarde fixement – mais où est passé l’âne ? -, quand vous avez trouvé un endroit au fin fond de la Mauritanie, que vous vous installez, que vous jetez un œil à droite, qu’un gosse vous fait un petit signe de la main, que vous jetez un œil à gauche, que vous voyez arriver, à une dizaine de mètres, une madame voilée…vous capitulez, remontez votre froc et votre orgueil et prenez le parti de la constipation.

PS
1 – Il est vrai que le désert transfrontalier est la région de tous les trafics. Juste avant notre départ, un avion s’est crashé dans le désert. Dedans: 500 kgs de coke destinés à Oukaïdioukaïda, selon certains.
2 – Jusqu’en 1981, l’esclavage existait toujours en Mauritanie. Officiellement, fini. Dans les faits, les Maures considèrent toujours les Noirs comme de la merde. Toujours ce racisme « poupées russes ».
3 – Les deux antimilitaristes agnostiques reconnaîtront sans problème, au lever, que cette dernière nuit passée à l’ombre des militaires, fut particulièrement la plus cool, la plus reposante, la plus sereine depuis…

Jeudi, 11 novembre
Contrôles de plus en plus fréquents. Demandes de cadeaux qui suivent le rythme des contrôles, du style bics, t-shirt. J’ai proposé celui que je portais depuis 3 jours. Le flic a ricané, nous a souhaité un bon voyage.
Gros semi-remorques chargés de moutons, plein de semi-remorques avec plein de moutons, 2 ou 3 étages de moutons sur chaque semi. Le 17 novembre, c’est la Tabaski  : célébration du quarantième jour de la rupture du jeûne. C’étaitt le premier objectif du voyage, assister à la Tabaski.
Dans la voiture, gaffe à l’état de la route, aux ânes, aux chameaux, aux moutons, aux chiens, aux chèvres, aux gens. Là, sur la droite, un camion qui a fait un strike : six ou sept moutons étendus sur le bord de la route. Ils vont gagner sans problème au concours du « groupe de moutons qui schlingue le plus fort sur le bord de la route ».
Il y a le mouton écrasé hier, il y a deux ou trois jours, il y a plus de quinze jours, il y a moins de deux mois. On constate, par exemple, que le mouton écrabouillé il y a deux ou trois jours a le ventre méchamment gonflé.
Vers13 heures, ON EST AU MALI. A quatre, cinq heures de Bamako. De gros troupeaux de vaches, de moutons. On est dans le Sahel. ON EST AU MALI ! Les motos 125cc ont remplacé les Mercedes.
J-M me présente mon premier baobab, personnage important du « Onzième jardin », nouvelle qu’on va adapter avec Claire W (marionnettes, animation vidéo, …) Mais, ça, c’est une autre histoire à construire, à vivre. On en a pour deux ans (ça, c’est ce que je croyais au moment où j’écrivais ce texte sur le toit de l’appart de Bamako).

PS
– Belle et brève rencontre à la frontière. Ibrahim. Portugais. Il retournait dans sa famille en Guinée, il trafique dans le commerce des voitures Europe-> Afrique.

 

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