C’est court, une semaine

Hier, samedi, en début de soirée, devant des spaghetti + bolo + champignons, elle t’a demandé s’il ne fallait pas qu’elle recoupe ses cheveux. En une fois tu as vu le piège se refermer sur toi. Tu as hésité entre plusieurs possibilités. Celui qui n’a rien entendu. Celui qui a une furieuse envie d’aller pisser. Celui qui propose de leur servir un autre verre de vin
Le week-end dernier, on t’a demandé des timbres-poste et un bottin de « la régie des télégraphes et téléphones » Tu as failli parler d’internet mais tu as répondu énergiquement NON de la tête. Que tu n ‘avais ni l’un, ni l’autre. Tu as vu une grosse femme en pleurs dans le couloir près de l’ascenseur « visiteurs ». Une jeune fille, les yeux gorgés de larmes : S’il vous plaît, pouvez-vous m’indiquer les soins intensifs pour adultes ? Une trentenaire t’a dit que tu lui avais parlé comme un chien alors qu’elle, elle n’était pas comme tous ces barakis de Montegnée, qu’elle avait fait le droit, qu’elle habitait à Chênée. Tu as pensé très fort que tu venais de recevoir la visite de la reine des Barakis. Tu l’as pensé si fort qu’elle s’est retournée.

Alors, tu lui as servi un nouveau verre de vin. Tu sais qu’il n’y a aucune réponse adéquate à sa question du début de soirée, aucune fuite possible. Elle a dit en tournant la tête et te présentant sa nuque :Tu ne trouves pas qu’il faudrait que je les recoupe d’un bon centimètre.
Il y a quatre ou cinq jours, tu sors d’un bistrot, traverses la place du Marché, sors ton trousseau de clefs pour t’attaquer au cadenas. A côté de ton vélo, un mec de quarante ou cinquante ans s’attaque aussi à son cadenas. Il pleure. Pleurniche plutôt, accusant le monde entier de lui avoir piqué son pognon. Il retourne son portefeuille dans tous les sens. Tu te demandes s’il ne faut pas lui adresser deux ou trois phrases compatissantes. Tu te retournes vers lui, tes yeux s’arrêtent sur le cadre de son vélo et la Carapils qui y est fixée. Il y a trois ou quatre jours, tu étais assis dans le bistrot au pied de la rue Haute-Sauvenière. Trois ou quatre notables gras discutaient de l’actualité politique récente : Mais puisque la loi le permet, il n’y a pas d’infraction… et les gens qui se laissent influencer par la presse ! Tu as rêvé très fort que tu leur foutais un coup de boule. Ils ont commandé une autre bière.

Ce matin, entre café 1 et café 2, elle a pris une mèche de ses cheveux : T’as vu… ils tiennent tout seuls, ça ne va pas ! Elle a ajouté : C’est parce qu’ils sont malades. Tu as répondu : S’ils sont malades, il faut les recouper. Elle a dit : Oui mais pas beaucoup… tu aimes les cheveux longs ! Tu n’as rien répondu. Tu aimais bien ses cheveux tout courts il y a plus d’un an.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s