Nous, touristes culturels

Nous qui nous ruons sur les cultures d’Ailleurs en les malaxant, les avalant sans déglutir comme on le ferait dans un fast food (alors qu’on les déteste, les fast food). En les pillant ces cultures d’Ailleurs, en les résumant en deux ou trois phrases, grand maximum, qu’on va mettre sur Facebook. Pauvre petit visage pâle qui va faire son shopping spirituel chez Google ou dans un atelier de yoga védique une semaine par an, le tout avec frénésie, avec boulimie, et sans douleur. Nous, visages pâles qui nous approprions la culture des Autres en quelques lignes, quelques secondes, nous ne sommes que les nouveaux colons. De vulgaires pilleurs se justifiant à coup de vulgarisations vulgaires.

Il y a quelques jours, j’ouvre ce bouquin acheté il y a une dizaine d’années, et jamais lu. Le syndrome de l’ex libraire qui a peur d’être en manque de choix, qui accumule les livres non lus. Autobiographie de Jim Harrison : En marge. Jim Harrison, l’un de MES américains. Je ne serais pas qui je suis aujourd’hui sans Jim Harrison. C’est le propre des grands écrivains, chambouler notre vie intérieure. Jim Harrison qui commence par citer Rilke. Extrait.

« C’est au fond le seul courage qui soit exigé de nous : avoir le courage de regarder le plus étrange, le plus singulier et le plus inexplicable dans ce qui s’offre à nous. Le fait que, de ce point de vue, l’humanité se soit comportée avec lâcheté a causé un tort irréparable à la vie tout entière; les expériences que nous qualifions de « visions », ce qu’on appelle le « monde des esprits », la mort, toutes ces choses qui nous sont si proches et que nous évitons quotidiennement ont été éliminées de la vie au point que les sens auxquels nous pourrions les appréhender sont atrophiés . Sans parler de Dieu »
Je sais désormais sans l’ombre d’un doute que la nature de cette citation de Rilke est ce qui a aiguillonné ma curiosité et mes recherches concernant un grand nombre de cultures du tiers-monde, de l’Afrique au Brésil en passant par l’Équateur, le Costa Rica, le Mexique, ainsi que ma très vieille passion pour nos propres cultures autochtones américaines. C’est simplement la peur de rater quelque chose. S’initier en profondeur à une autre culture est un processus très long et lent et aucun cadeau ne vous sera fait au niveau spirituel tant que ce cadeau ne sera pas en vous, prêt à être ouvert. Depuis vingt ans on assiste à une débauche de shopping spirituel qui, bien que compréhensible, charrie avec lui et épouse avec lui de manière désastreuse le sens du temps dévoyé par notre culture, où la vitesse est en définitive la seule chose qui compte. On cède à une impatience fatale, au désir d’accumuler le plus vite possible les « coups » spirituels et de poursuivre avec la même répugnante mentalité. Cette tare inclut un grand nombre de voyages organisés dans une optique « écolo » ou « ethno » ainsi que les aspects comiques de faux chamans qui vendent des « visions de pouvoir » acquises en trois heures pour quelques centaines de dollars.

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