Jour J (Le père nu / 6)

Jour J (- 1)
Vingt heures. Je suis à la bourre. Rendez-vous avec mes trois potes, et Elle. Si elle vient !
Je suis sur le palier, prêt à descendre les trois volées d’escaliers.
Merde ! Ai oublié un truc important pour un premier rencard. J’ouvre la porte de l’appartement et me rue dans la salle de bain. Shiseido, Cacharel, Angel, Yatagan. Je saisis Yatagan de Cacharel tout en sachant que ce n’est peut être pas le bon choix. Les connes disent que ça pue le patchouli, les chouettes trouvent que ça me va bien ! (Ce soir, je parie sur les secondes.)

Jour J
Un petit matin d’hiver : une chambre. Seule, une chevelure rousse dépasse de la couette. Je suis réveillé. Trop bu. Je soulève la couette. Doucement. Elle est couchée sur le dos. Ses seins s’étalent doucement de chaque côté, viennent recouvrir partiellement des aisselles épilées (OK, le verbe étaler n’est pas très classe ! Pas trouvé mieux, mes neurones en se sont cassés). Je soulève davantage la couette. Direction : en bas. Une petite chose toute rousse, toute soyeuse (toujours eu des problèmes avec les pubis genre « forêt vierge »).

Jour J (+ 1)
Hier, elle s’est réveillée en début d’après-midi. Elle a collé ses fesses contre mon pubis (pour échapper au regard de l’amant nouveau ?). On s’est caressé timidement, du bout des doigt, en chien de fusil, à l’aveugle.
Aujourd’hui, je suis au boulot. Un numéro de portable se balade sur un Post-it,
à droite du clavier de mon PC.

Jour J (+ 2)
Ce matin, lui ai envoyé un texto. Réponse immédiate : Où ? Quand ?
Ce soir, dans un petit resto près de chez moi. Concours de plongée, les yeux dans les yeux. Me réjouis de cette nuit toute proche. J’adore la deuxième nuit, celle du vrai déshabillage. Quand les mots remontent de la nuit des temps, quand la part des deux moi s’enchevêtrent. Nuit blanche à tous les coups. (D’ailleurs, j’ai tout prévu. Ai pris congé demain.)
Au petit matin, elle me demandera si j’ai quelqu’un. Je répondrai non. (En plus, c’est vrai.)

Jour J (+ 3)
Et alors ? Et alors ? Et alors ?
Spaghetti chez moi avec les trois copains. Mes trois camarades. Comme chaque semaine. Ils ont vu Éva m’hypnotiser l’autre soir, il y a un peu plus de deux jours. S’ensuivent des questions aux réponses improbables. C’est sérieux ? Elle est bonne ? T’as pas la trouille de t’attacher ? Elle est pas collante, j’espère ! C’est vrai ce qu’on dit à propos des rousses ? Bref, une vraie soirée de mecs. Y en a même un qui a ajouté :
– J’espère pour toi qu’elle n’a pas de gosses !
Je n’ai pas répondu.

Jour J (+ 4)
Soirée célibataire, seul contre tous. Comme avant. Au programme : J.T. + séries made in USA anesthésiantes + bain chaud. Me suis branlé dans la baignoire en écoutant The Sinking of the Titanic de Gavin Bryars. Éjaculation la tête dans l’eau. Divin.
Je pouvais à nouveau mettre un corps et un visage sur mes fantasmes.
Plus besoin de ressusciter des cadavres.

Jour J (+ 5)
Petite bouffe dans un petit resto près de chez elle (toujours prévoir une enveloppe avec un budget restaurants en cas de nouvelle relation amoureuse). Après, on s’est retrouvé chez elle (J’adore ça, quand l’amoureuse vous invite pour la première fois dans son moi intérieur.)
Appartement plus grand que le mien.
Forcément, avec un grand têtard. Un ado (aïe !). Il est chez le père pendant une partie des vacances d’hiver (super !). Elle s’entend bien avec l’ex (ouf!).

Jour J (+ 6)
Repas chez mes parents, avec ma petite sœur. Ma mère trouve qu’il y a quelque chose de changé chez moi (vade retro, sorcière !). Mon père qui lui répond :
« Laisse-le » et qui se tourne vers moi : « Tu sais comment elle est ! » (Merci, papa. Je te revaudrai ça !)
Ma petite sœur assiste à la scène en se marrant. (future sorcière ?)

Jour J (+ 7)
Suis sorti toute la nuit avec mes trois camarades. Grosse crise de cafard vers les trois heures du matin. Suis resté un bon moment sur le trottoir d’en face avant de sonner.
Éva m’a ouvert la porte, les bras, ses cuisses.
On s’est fait la totale. Nos vies d’avant ont défilé en avance rapide. Je lui ai fait un lichouillage d’enfer. (Préfère ça au mot cunnilingus qui fait un peu sirop pour la toux.) Elle m’a fait une pipe d’enfer. (Préfère à fellation qui rime avec infection, un mot qui suinte. De plus, je me méfie des mots qui termine en « ion » : communion, adhésion, affliction, contrition, des mots de cathos.)

Jour J (+ 8)
J.T. + film dont je ne me rappelle plus le titre tellement j’étais dans le coma.
Nuit sans rêve. Pas mal !

Jour J (+ 10)
Hier soir, je lui ai montré mes talents culinaires. Entrée/plat/dessert. Chinois + Indien + Truc perso. Entre l’entrée et le plat, nos corps se sont nourris l’un de l’autre. (Dans ce cas précis, le verbe baiser convient parfaitement.)
Ce matin, Éva a quitté l’appartement vers 7 h 30. Il est près de 8 h quand j’entre dans la salle de bain. Sourire : ma brosse à dents a une petite sœur.

Jour J (+ 11)
Le spaghetti hebdomadaire. Recette sicilienne. Olives + anchois + câpres + tomates pelées. Compliments quasi unanime. (Phil n’aime pas les anchois.)
Discussion étrange avec mes potes. Quatre mecs dissertant autour et sur la masturbation. Grand moment. Chacun parlant de cette partie de lui qu’on ne réserve qu’à soi. (Exception faite de Phil qui considère la masturbation comme un art mineur. Pauvre Phil.)

Jour J (+ 12)
Soirée cinoche avec elle, sa meilleure amie et le mec de sa meilleure amie.
Quatre places dans un ciné club branchouille pour Old boy, film noir asiatique et schizophrène, des années avant Parasite. Rétrospective cinéma asiatique.
Discussion sur le Pourquoi du Comment dans un bistrot, après la séance.
Les filles nous regardent amoureusement lorsque nous refaisons l’histoire du cinéma.
Retour main dans la main. Chez toi ? Chez moi ? Chez elle.

Jour J (+ 13)
Éva m’appelle du boulot. Petite voix. Son fils rentre aujourd’hui. Peut-elle lui dire pour nous ? Bien sûr ma belle, je lui réponds (gloups !).
Elle me racontera ce soir, lorsque il sera au lit (re-gloups !).

Jour J (+ 14)
Un texto de rien du tout. Je t’aime, Éva. Réponse : Moi aussi, Moi.

Jour J (+ 15)
Deux nuits sans se voir, se toucher. Putain de week-end. Pas envie de délirer avec mes potes. Un petit coup de fil me sort de la torpeur hivernale. C’est elle. Elle me propose un rencard à trois. Avec le grand têtard.
Deux heures plus tard, je les retrouve dans un bistrot branché. Le bambin est un grand machin filiforme de près de cent quatre-vingt centimètres. (Héhé, je lui prends une dizaine de centimètres au puceau.)
Tension désinvolte. La mère tente de combler les blancs, de rattacher les pointillés entre les mots. Et puis, le dernier Animal Collective fracasse les enceintes. Je lui dis : « C’est pas mal, ce truc ! » Il me répond : Ouais, c’est cool. On se quitte vers 17 h sous le regard attendri de la mère amoureuse (Éva, de son petit nom). Il me dit qu’il me prêtera deux ou trois Animal Collective (M’en fous, je les ai tous.)Je lui dit que c’est Super. J’ajoute que je lui filerai mes Velvet Underground. (Il a intérêt à ne pas me les niquer.)

Jour J (+ 16)
Ai passé une super mauvaise nuit. J’avais oublié combien c’était difficile de s’abandonner aux côtés d’une nouvelle madame. Sommeil morcelé.
Lui en ai parlé au lever. Elle a répondu « Ah bon ! » et m’a embrassé fougueusement avant de se casser au boulot.

Jour J (+ 17)
Idem J (+ 4), sauf que Arte a pris la place des séries made in USA anesthésiantes.
Idem (Arte anesthésiant).

Jour J (+ 18)
La gueule des trois potes quand j’ai ouvert la porte et qu’ils sont tombés sur le sourire d’Éva ! Leurs yeux hurlaient à la trahison.
Un spaghetti plus tard, tout était réglé. Faut dire qu’elle avait fait fort, Éva !
Plus de fruits de mer que de pâtes, Phil n’arrêtant pas de dire que c’étaient les meilleurs spaghettis qu’il aie jamais mangés . Les meilleurs du monde entier,
il a ajouté.
(Phil, tu vas goûter prochainement, personnellement rien que pour toi, à ma nouvelle spécialité : le gavage du Phil aux anchois.)

Jour J (+ 19)
On devait se voir ce soir. (Ça y est ! J’ai utilisé le verbe devoir.) J’ai remis ça à un autre soir (demain, par exemple, a-t-elle susurré). Ai coupé le portable juste après « par exemple ». Je suis parti au cinoche (seul). Film français médiocre (scénar avec quarantenaires qui se regardent vivre dans l’œil d’une caméra en rêvant faire la couv de Télérama) Suis rentré directement chez moi après la séance.
Ai pris un bain, la quéquette en berne et des questions plein la tête. Avant de m’endormir, j’ai écouté ma messagerie :
– Je comprends ce que tu ressens. Je trouve aussi que ce n’est pas toujours facile de se mélanger.
Bienvenue au club des sorcières !

Jour J (+ 20)
J’ai coupé le portable toute la journée. Ai tenté de ressusciter la vie d’avant : bistrot et restaurant après le boulot, avec mes trois potes.
Suis rentré bourré de chez Bourré. J’ai inondé la cuvette des toilettes avec mon cafard (alcool + tristesse = BEURK).
Ai tenté de m’endormir. Je n’ai jamais trouvé ma place sur ce foutu matelas. Me suis habillé. J’ai titubé jusque chez elle. Avons mélangé nos larmes.

Jour J (+ 21)
Elle a téléphoné à mon boss pour lui parler de la vilaine grippe qui m’assaillait. J’ai télé-phoné à son boulot, sous entendant qu’elle n’avait jamais eu de règles aussi doulou-reuses.
On a viré le bambin, histoire de lui rappeler les vertus de la ponctualité. Direction : l’école. Il a refermé la porte derrière lui en gloussant.
On s’est chipoté, retourné, arrimé, épousé, à nouveau tripoté, reniflé, léché, griffé, apaisé, re-retourné.
Quand le grand têtard est rentré de l’école, Éva lui a parlé d’une sieste à peine entamée. Ensuite, elle a refermé la porte de la chambre et tout a recommencé.

Jour J (+ 22)
Mon boss est venu s’enquérir de ma santé dans mon bureau. Vivement ce soir pour le replay !

Jour J (+ 23)
Idem Jour J (+ 6) Si ce n’est que mon père a rejoint le clan des sorcières. (‘Pa, si un jour j’apprends que t’as une amoureuse secrète, j’irai cafter chez la chef des sorcières. Et gare à tes couilles !)

Jour J (+ 24)
IdemJ (+ 21) Sauf que c’est férié et que le gamin est parti quelques jours chez le père. (J’ai croisé le procréateur sur le palier : sympa et pas roux)

Jour J (+ 25)
Les salopards ! Ils sont venus avec DES bouquets de fleurs. TROIS. Et moi dans tout ça ? je leur ai demandé. Ils m’ont répondu d’aller plutôt veiller à la cuisson des pâtes. Al dente, ils ont ajouté.
Recette sicilienne (voir J + 11). Éva se régale et le fait savoir. Phil rétorque que j’ai été quelque peu radin question anchois (Phil, t’es mort !). Les deux autres : Ouais, c’est pas mal.
Éva propose que ça se fasse chez elle, la semaine prochaine. Hourra à la quasi unanimité. (J’étais dans la cuisine. Je lavais les assiettes des trois faux culs et de leur nouvelle grande prêtresse.)

Jour J (+ 26)
J (+ 4) (+ 17) Gavin Bryars + câlins aquatiques + mon amoureuse + moi + Penguin Café Orchestra.
Pour les faibles en math, je traduis.
Après un petit repas (elle est très forte question mise en bouche), on s’est étalé sur le divan. On s’est regardé deux épisodes de Black Mirror. (Vive Netflix !) Puis on s’est fait couler un bain. Puis j’étais le commandant Cousteau et elle, un dauphin super pas farouche.
Ah, j’oubliais la musique : Penguin Café Orchestra.

Jour J (+ 27)
Idem, Jour J (+ 8)
É P U I S É
Toujours ce problème de sommeil quand on devient deux. Toujours cette impossibilité à me laisser aller dans le sommeil avec Éva à mes côtés. Alors, je dors seul. De temps en temps. Pas d’autres solutions. Dormir. Il faut qu’on en parle. Je ne vais quand même pas prendre des médocs !

Jour J (+ 28)
Idem, J (+ 8) (+ 27) + trique d’Enfer.
On en a parlé au téléphone cet après-midi. Elle m’a souhaité une bonne nuit. Elle a ajouté : « Tracasse-toi pas ! »
Dès que je suis rentré du boulot, je me suis vautré sur le divan, zappant comme un malade. Grosse fatigue, grosse trique. Un peu avant 22 h, je me suis jeté sur le lit tout habillé. Pas la force de me foutre à poil. Encore moins la force de me branler.

Jour J (+ 29)
On s’est retrouvé dans un petit snack, pendant le temps de midi. Tendresse des doigts, à grands coups de regard. Elle m’a glissé que j’avais fait une touche avec le bambin. Qu’il avait adoré mes Velvet Underground et qu’il les avait prêtés à son père. (Putain, mes CD !) Je lui ai raconté pour Animal Collective, que je les avais tous. Elle a ri. (C’est beau une rousse quand ça rit. )
On s’est dit « À ce soir. » Au moment où nos doigts se détachaient, elle m’a fait promettre de bloquer la soirée du lendemain. Elle a insisté.
Début de trique.

Jour J (+ 30)
Les trois sont venus me chercher au boulot. Plongée en apnée dans les blagues de cul et l’alcool. Les trois m’ont raconté leurs vies de ces dernières semaines.
Ils ont deviné la mienne.
À minuit, on se sépare. Alors que je rentre chez moi, grosse envie de serrer une rousse dans mes bras.
C’est le bambin qui ouvre. Pour le coup, t’as fait fort, il me dit. Je rejoins Éva dans la chambre. Elle m’engueule, pleure. Entre deux sanglots, elle me dit que, nous deux, ça fait tout juste un mois. Qu’elle se réjouissait de m’emmener au resto. Je la console avec mon haleine pas fraîche.
Rien à faire.
Je sors et me ramène dix minutes plus tard avec deux raviers de frites (+ le kit complet : mayo / andalouse / tartare). Elle rit. Beaucoup.
Je lui promets un resto dans un mois. Promis juré. Si je mens, je vais en enfer.

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