En 1963, il y a le tailleur rose de Jackie Kennedy + zoom sur taches de sang présidentielles dans Paris Match. Quelques jours plus tard, l’enterrement et John-John tenant sa mère par la main. John-John et toi avez le même âge, ça aide pour la compassion ! Quelques jours plus tard, Lee Harvey Oswald, accessoirement sympathisant pro communiste, est abattu par Jack Ruby dans le rôle du vengeur de président assassiné. L’Amérique dans le rôle de super gentil face aux super méchant communiste. Quelques mois plus tard, Bob Dylan recevra un prix pour sa poésie chantée-engagée devant un parterre de gens-de-gauche. « Nous sommes tous des Lee Harvey Oswald ! »
A Gembloux, à l’école des frères, il y avait le frère Marcel qui se défoule sur ton dos à coups de règle en bois de 1 mètre, avec une arête d’angle en métal. Toi, tu as droit à l’arête d’angle en métal. Tu es en larmes. Le frère Marcel viens te consoler, t’assois confortablement sur ses genoux recouverts pudiquement d’une soutane noire. Tu avais l’impression d’être assis sur un cric. Sauf que tu ne savais pas ce qu’était un cric à la fin des années 60, que tu trouves juste aujourd’hui que la comparaison est rigolote.
Tu venais d’une famille catho-humaniste normale avec baptême, communion, master « en enfant de chœur ». Tout était ok. Normal, quoi ! A la maison, on entend parler de bombe atomique et de champignon, essentiellement en Noir et Blanc. ON, c’est le père + la mère. A la maison, on n’a pas encore la télé. A la maison, on est strictement entre nous. On a Paris Match, seul lien avec le monde libre, vite rejoint par l’hebdo Tintin et Tout l’Univers. ON = mère + père + 3 sœurs + toi. Toi, tu es juste un tout petit mec.Tu entends parler de la baie des cochons et des méchants Soviétiques, d’une guerre nucléaire toute proche. La maison, c’est Marche en Famenne + Rhisnes + Gembloux. Gembloux, tu n’as jamais aimé. Rhisnes, c’est tout flou. Marche en Famenne, c’est l’enfance avortée.
Après le frère Marcel, il y aura les jésuites à Namur. En 1967, autour de toi, on parle de la guerre des 6 jours en Noir et Blanc. Le monde occidental et tes parents sont subjugués par la résilience du « peuple » juif. Paris Match avec un supplément couleurs pour les chars de Tsahal au sommet des dunes.
Toi, tu découvres Bob Dylan. En vrac. Les bonzes du Vietnam et Yann Palach qui s’immolent par le feu, l’antimilitarisme, le pacifisme, le mouvement hippie, la lutte des peuples du monde pour leur indépendance. Et c’est là qu’il y a un lézard dans la tête du bébé-ado.
Cuba et Israël, c’était quasi kif-kif. Cuba contre les États-Unis, Israël contre le monde arabe. La mythologie communautaire hippie et la vie en kibboutz, quasi kif kif. Che Guevara et Moshe Dayan, quasi kif kif. Amalgame. Le mythe du plus petit qui serait toujours la victime. Mythologie du martyr. Après tout, Jésus est un hippie.
C’est peut-être là-bas qu’il faut chercher/trouver les fondations de la dialectique reliant « certains » laïcs et « certains » cathos de gauche au sommet de la macédoine judéo-chrétienne (master en bien-pensance + master en tolérance borgne) Il n’y a rien de plus détestable que les ayatollahs de la tolérance. Ils sont les tenants de la Vérité coulissant entre le bien et le mal, entre le haussement d’épaules et les cris d’indignation. Il n’y a rien de plus dangereux qu’un laïc et un catho de gauche bien pensants (HUMOUR, bien que)
