L’homme qui ment et la jeune fille en larmes

Il y a ce mec à la voix grave et jeune  derrière lui. Le mec téléphone à un monsieur afin de lui dire qu’il ne le verra pas avant 18h30. Un rendez-vous important avec son notaire. Quelques minutes plus tard, le même mec téléphone à une madame pour lui dire qu’il ne sera pas là ce soir avant 18h30, parce qu’il doit voir son toubib.
Lui, il est juste devant l’affabulateur. Il veut voir la tête du propriétaire de la voix grave et jeune, voir à quoi ça ressemble une voix grave et jeune qui ment. Il feint ainsi d’aller pisser. Il se lève, se retourne. Le mec doit avoir dans les 60 balais avec une gueule de clerc de notaire ou d’infirmier chef. C’est fort semblable une tronche de clerc de notaire ou d’un infirmier chef !
A trois tables de là, il y a cette femme dans la soixantaine aux joues de Droopy et au cul maigrichon-serré de basset artésien, à la démarche chancelante de l’adepte de médocs + alcool, qui demande un déca fort-fort au patron du bistrot. Elle insiste : un déca fort-fort. Elle insiste afin qu’il ne se trompe pas : le café la met dans tous ses états. Lui, à la terrasse, juste devant l’affabulateur à la mine sévère, il sait qu’on va servir un vrai café à Droopy, que le patron-radin n’a jamais servi un seul déca de sa vie de cafetier vu que le déca, ça coûte plus cher que le vrai café chez son grossiste. Lui, il en a déjà fait l’expérience en buvant deux décas en soirée dans ce même bistrot. Il a passé la nuit à fixer le plafond de sa chambre de ses yeux hagards. Dix minutes plus tard, la femme alcoolisée aux anti-dépresseurs se lève et dit au patron-radin que c’est super, un déca fort-fort. Il lui répond que, la prochaine fois, elle insiste fort si elle souhaitait un déca fort-fort.

Lui, à la terrasse, il se dit que ce serait rigolo que la femme-médoc se tape un arrêt cardiaque sur la place du Marché à cause d’un déca fort-fort. Quant à l’infirmier-chef-clerc-de-notaire-menteur, il s’est cassé. Il a été remplacé par un avocat. Celui qui représentait sa femme lors de son divorce. Allers et retours de regards faussement indifférents. Ça, ça le fait moyennement rire, le mec qui écoute tout. Petit saut dans un passé pas vraiment rigolo.
Il se lève à son tour. Il abandonne le duel de regards indifférents et se retrouve 5 minutes plus tard dans le bistrot des cinémas. La fille d’une vingtaine d’années à sa droite déverse sa tristesse sur sa copine d’une autre vingtaine d’années. Elle dit qu’elle veut aller de l’avant avec son mec, qu’ils doivent changer leur relation, qu’elle se sent prisonnière, pieds et mains liés, qu’elle n’a pas le droit de lui envoyer un sms sans qu’il se sente coincé, qu’elle a besoin d’apaisement pour se décoller de lui, qu’elle est désolée d’ennuyer sa copine avec ses problèmes à elle. Elle lui promet de ne plus vouloir la mettre en dernier. D’ailleurs, la preuve, quand elle a voulu en terminer avec des cachets, elle a pensé à son chien et à sa copine. Toi et moi, c’est comme ça. La copine ne dit rien.

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