Les morts ne sentent pas tous pareil

Avant hier, Jack Bruce est mort. C’était qui ? Un mec qui jouait de la basse dans un groupe. Avec qui ? Eric Clapton. Beurk ! Le mec au solo de guitare long comme un ver solitaire.  Bon, d’accord, Jack n’y était pour rien. Juste le bassiste mythique du premier « super groupe du monde entier », qui entraînera la réaction punk.
Do it yourself ! gueulèrent les punks.
Mais, c’est quoi un mythe qui ne bouge plus?
Dac, un mort n’est pas l’autre. La mort, c’est comme les couleurs, juste une question de goûts. Il y a des morts qui sentent plus le renfermé que d’autres. Y en a qu’on peut pas piffer, c’est comme ça. Mythe ou pas mythe. Un truc perso.
Un exemple ! Un exemple ! Un exemple !, réclame la foule en délire. Léo Ferre, Michael Jackson, Alain Resnais. Rien qu’une question de goûts, la mort. On ne se souvient que des morts qui sentent bon. Important ça, l’odorat. Surtout quand il s’agit de musique. Devant une telle évidence, on s’incline.
Quand on a annoncé il y a un an que Lou Reed s’était cassé, il a fait comme beaucoup d’autres. Il a posté 2 ou 3 titres du Velvet Underground + 1 morceau de Coney Island Baby + 1 morceau de New-York + 2 cover (Sweet Jeanne par Wreckless Eric, Sweet Jeanne par Cow-boy junkies).

A travers tous les post  des autres, il a tenté de savoir qu’elles étaient les similitudes entre tous ces fans endeuillés. Le plus petit dénominateur commun. Il s’est étonné que l’adolescence de certains resurgissent à travers les 2 ou 3 accords de la voix de canard (pour reprendre l’image d’un camarade impie) du mec de Coney Island. Il s’est surtout attaché à disséquer les murs fb des gens qu’il avait connu il y a quinze, vingt, trente ans. Savoir ce qu’ils étaient devenus à travers deux, trois accords distordus qu’ils avaient oubliés depuis. Juste une manière de se souvenir qu’un jour, on a aimé des trucs qui sentaient le soufre, le foutre. La nostalgie, c’est le seul truc qu’ils aient trouvé pour se sentir encore vivants aujourd’hui.
D’accord, il n’était pas naïf. Il se doutait que Lou, lui aussi, comme les autres, avait rejoint la caste des Notables. Mais lui, Lou, il avait Laurie. Oh, Superman !

Facebook. A propos, photos, mes albums. Des cv, des bouts de phrases, des mises en scène qui sentent un mélange mortifère et numérique de formol et d’eau de Mozart. Les cons, ils ont découvert l’opéra ! Du mal à les imaginer, hier, dodeliner de la tête après avoir avalé un buvard (d’accord, ce n’est pas un critère… on peut se camer au Champagne ou à la Cara).
Déjà qu’aujourd’hui, ils considèrent Houellebeck comme un génie… au cas où -on ne s’est jamais- au cas où cela serait vrai.
Rien de commun avec ceux-là, qui doivent attendre qu’un héros meurt pour se réveiller vivants. Les héros d’hier sont les vieux emmerdeurs d’aujourd’hui, dixit Neil Young, un héros pas encore mort.

Quand il a téléphoné à l’amoureuse, il lui annonça la mort de Lou. Elle: C’est qui? Il hésita. Il n’allait quand même pas lui expliquer la part prédominante du Velvet en lui. Il n’a trouvé comme réponse que: Tu te rends compte, il n’avait que 13 ans de plus que moi! Elle: Mais, mon amour, t’as pas pris toutes les saloperies qu’il a ingurgitées!

(salut, Erio!)

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