à propos de Gong (Camembert électrique)

On bossait à la Sabena dans le milieu des années septante. On était tous les weekends à Zaventhem. On faisait les 3 huit, on commençait soit à 6h00, soit à 14h00, soit à 22h00. On se retrouvait le soir chez Bernard quand ses parents se tiraient dans leur maison de campagne. On avait tout le salon pour se passer de la musique à donf. Il y avait aussi un mec qui s’appelait Claude et qui s’est cassé au Danemark quelques années plus tard. Et, parfois, un autre mec qui bossait à la rtbf. Me rappelle plus de son prénom. Bernard et moi, on n’était plus vraiment étudiants. Enfin, parfois. Je me souviens qu’il y eut vaguement quelques mois de droit une année, et quelques mois de régendat français-histoire-morale l’année suivante. Parfois, en plus des 4 mecs, il y avait ma meuf.

Moi, ça faisait plus d’une dizaine d’années que j’avais découvert Bob Dylan dans un discobus à Gembloux. Après, j’étais remonté aux sources. J’y avais trouvé quelques unes de mes futures racines : Woody Guthrie, l’antimilitarisme, Les raisins de la colère, et la contre-culture. Après Gembloux, il y eut Charleroi et puis Ixelles. A Zaventhem, il y avait plein d’étudiants normaux vraiment étudiants, et quelques autres anars ou gauchistes qui se faisaient passer pour des étudiants. On avait droit à un voyage gratuit tous les trente jours de boulot. Les normaux allaient dans le sud de l’Espagne, les anars en Inde, à Montréal ou à New-York. Les mecs, avant de partir, prenaient les commandes de manteau hippie en peau de mouton retournée ou de vinyles. Ca payait le séjour sur place.

Bernard, lui, était un fan de rock progressif, de musique planante, de trucs allemands. Il avait les cheveux super longs. On fumait des pétards, et des Gauloises ou des Johnson ou des Saint-Michel. Moi, c’était des Gauloises sans filtre. Bernard, je ne me souviens plus trop. Jusque Bernard, je n’avais jamais pu encaisser le saxophone. Et tous les cuivres en général. Pour moi, c’était un son lié à de la musique de grandes surfaces. Le truc qui faisait chier quand on faisait la file à la caisse. Pouvais pas encaisser la soul et le jazz. Dans les soirées pétard-musique-bière, on se passait des vinyles toute la soirée et une partie de la nuit. On passait chacun à notre tour une face de vinyle qu’on adorait. C’est entre Ixelles et Auderghem que j’ai découvert Gong, Soft Machine et Van der Graaf Generator.

Moi, à Bruxelles, j’avais découvert le Velvet Underground et les Stooges. Du son claquant, sobre, déchiqueté, désespéré, hystérique, sombre. J’étais toujours fan de Dylan. Les trois autres mecs n’avaient rien à foutre de Dylan. Ma meuf n’avait rien à foutre de Dylan, elle aimait Bowie. Les saxophones rauques découverts entre Ixelles et Auderghem, c’était dans « Camembert électrique » de Gong et « H to He, who am the only one » de Van der Graaf Generator. Pour les cuivres, peu après, il y eut aussi le Art ensemble of Chicago. Chez Bernard, au fil de la soirée, ça dégénérait. Il s’agissait maintenant de choisir des albums qui allaient vraiment faire chier les trois autres. Les trois autres, eux, ils visaient le bras de la platine vinyle à coups de mandarines. Quand c’était la saison des mandarines.

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3 réflexions sur “à propos de Gong (Camembert électrique)

  1. Toujours un beau voyage, toujours les mots pour dire, je suis fan…marrant, cela dit, un mec qui a vu passer tant de dessins, j’aurais pas imaginé qu’il y avait tant de mots dedans. Vu et lu de dehors, ça fait du bien, merci m’sieur

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