Bob Dylan n’est pas un hippie

Il y a ce concert à Forest national où Dylan était accompagné de 5 jeunes punks – trois guitares -, où il reprit des morceaux obscurs, où il massacra joyeusement Blowin in the wind réclamé par un troupeau de bobos et de babas forcément déçus voire carrément fâchés. Faut avouer que ce n’est pas vraiment dangereux un bobo et un baba déçus voire carrément fächés. Les mots qui sortent en traînant des lèvres. I want youuuuu, fuck youuuuu, i love youuuuu. Foutoir musical, absence de plan de carrière, uniquement dans le Faire, dans ce qu’il a à faire. Dans un interview, un journaliste : Pourquoi ces disques vraiment pas « bons du tout » dans les années 80 ? Bob Dylan : Parce que j’ai joué à être Bob Dylan ! Dans le regard des gens, je voyais Bob Dylan. Que vouliez-vous que je fasse d’intéressant avec ça.

Il y a Dylan qui n’a jamais vraiment dit qu’il était chanteur, qui n’a jamais vraiment dit qu’il était poète, qui n’a jamais vraiment dit qu’il était écrivain. Il y a Dylan qui parle de William Shakespeare. Il y a Dylan qui est toujours un sujet de controverse aujourd’hui, qui n’a jamais été dans la séduction, que mes fiancées n’ont jamais aimé. Contrairement à Léonard Cohen. Baiser sur du Cohen : Oui-oui-Oui. Baiser sur du Dylan : Que nenni !
Il y eut Hugues Aufray chantant Dylan. Il y eut Hey, monsieur l’homme orchestre qui racontait l’histoire d’un mec qui était tellement fatigué tellement il avait voyagé qu’il ne sentait plus ses pieds. Que tous les louveteaux reprenaient en chœur autour d’Akela. Dans la vraie chanson, il y avait Dylan qui s’adresse à son dealer qui camoufle la dope dans un tambourin. Par la suite, Dylan interdit toute version française de son répertoire.

Il y avait la guerre du Vietnam, les moines bouddhistes et Yan Palach qui s’immolaient en noir et blanc, Martin Luther King qui se faisait flinguer, une logique de guerre entre deux grands blocs et un gros nuage nucléaire en sursis. Il y a ce journaliste en 1963 qui l’interroge sur le texte de Hard rain gonna fall et la bombe atomique. Dylan qui répond que ses mots racontent la bombe que nous avons chacun en nous. Bob Dylan n’a JAMAIS été un hippie. Il y a Tarentula dans la grande tradition des poètes beat, Chroniques, premier tome d’une autobiographie digne de l’écriture de Russel Banks. Deux albums des années 90 où Dylan gratte jusqu’à l’os des morceaux de blues tombés dans l’oubli et collectés dans l’histoire noire de la musique américaine. Il y a cette trilogie superbe des années 2000.

illu de Guy Peelaert

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