Du sable dans les yeux 3/5 (dépôt scam)

Le dernier vendredi de juin. Un zeste de soleil qui disparaissait, aspiré par la ligne d’horizon, alors qu’une amorce de lune s’épaississait à la verticale des dunes.
– File-moi une canette, Roussette !
– Tu m’appelles encore comme ça et tu vas te la carrer loin profond, ta cannette !
– Oh, Kevin… j’en ai plein les couilles d’attendre je ne sais pas quoi !
– Hé, Nico, question burnes… tu ne vas rien regretter ! Pas de nuages et la lune en plus…
– On n’avait qu’à venir plus tard !
– Là, tu vois, on a pris le temps de picoler, on s’est mis en condition.
Les vagues, elles, continuaient inlassablement leurs allers et retours. Pas le moindre vent, juste le vrombissement des flots qui s’échouent avec une certaine langueur sur la plage.
– Y avait autre chose à faire un vendredi soir que mâter la fenêtre de Simplet !
– Patience, mec ! De toute façon, les campeuses aux gros seins ne seront ici que dans une semaine… Alors, sois cool !
Il n’y avait plus que la lune comme source d’éclairage au-dessus des deux silhouettes, et la fenêtre éclairée d’un cabanon à une dizaine de mètres. Un bruit sourd de voiture derrière les dunes, un moteur qu’on coupe, une portière qui claque.
Kevin ricana dans l’oreille de Nico :
– Tu vas pas regretter ta nuit blanche !
La conductrice escaladait le versant intérieur de la digue et se dirigea vers le cabanon à la fenêtre luisante, s’immobilisa devant la porte.
– Regarde, mec ! Regarde.
Un rectangle vertical de lumière s’ouvrit devant la conductrice. Un jeune homme qui invitait une femme à renter sans qu’il y ait la moindre hésitation.
– Putain, le salaud… Faut qu’on soit au premier rang !
– Hé… c’est pas un spectacle pour puceaux !

Nico se rua sur Kevin, tenta de lui saisir la nuque, de lui plonger le visage dans le sable ! Les deux silhouettes s’entremêlèrent presque en noir et blanc, roulèrent, atterrirent au pied de la dune. Chuchotements injurieux suivis d’éclats de rire silencieux. Les deux silhouettes escaladaient à nouveau la colline de sable. Une fois là-haut, se courbaient sous la lune, ombres chinoises se diluant dans la nuit.
– Putain ! La salope…,elle lui roule des patins !
– C’est son boulot de rouler des patins.
– Rouler des patins à Simplet !
– Et encore, t’as rien vu… c’est que le début de la nuit ! Le salaud, il va avoir droit à la totale
Le jeune homme et la femme se confondaient en étreintes muettes. Chaque geste semblait appartenir à un rituel d’initiation bien huilé, maintes fois répétés. Pas d’improvisation ! Elle l’entraîna vers la petite chambre de devant qui donnait sur la digue. Lui la suivait comme les autres fois. Ce n’était pas qu’il se fasse prier, Jeff. Il n’a simplement jamais appris à franchir une porte le premier.
Alors qu’il n’avait pas encore quatre ans, trois psys ont décidé que l’école, ce n’était définitivement pas un métier pour lui. Avant les trois psys, il y eut un père triste qui avait mis le berceau de son fils sur un piédestal, avec un poster de Bernard Hinault juste au dessus de sa tête. Après les trois psys, il y eut l’ami du père triste qui n’aurait pas assez d’une vie pour effacer une trahison et décida ainsi que Jeff ne pourrait jamais se passer de lui.
– Génial ! Pas de tentures.
– Les mouettes n’en ont rien à branler !
– Pourquoi tu ne m’as pas amené ici plus tôt ?
– Te l’ai déjà dit, c’est pas un spectacle pour puceaux !
– Putain, Roussette !
Bagarre silencieuse de l’autre côté de la vitre avec le vent qui emportait les jurons et les coups vers le large.

Kevin et Nico marchaient sur la digue déserte, longèrent les aquariums à touristes, avec châssis en alu. Ils passèrent devant « Chez Marinette ». L’aube éclaircissait le ciel.
– Tu crois qu’ils savent, ceux-là ?
– Leur petit protégé !
– N’empêche que Simplet, il se tire une femme.
– Pas une femme, une pute !
– Qu’est-ce que t’en sais ?
Kevin haussa les épaules :
– Mon père ! Il ne dit pas que des conneries. D’ailleurs, je parie qu’il se l’est déjà faite. Et ce sera bientôt mon tour.
– Arrête ! Elle est mariée avec un russe, ou quelque chose dans le genre.
– Russe ou pas russe, ça s’appelle un mac. Note que pour lui, ça change pas grand-chose. Mari ou mac, il se la fait à l’œil. Et en plus, il a le pognon des mecs qui lui ont grimpé dessus toute la journée. Cool comme boulot !
Les maisons se faisaient plus rares, la digue s’effilochait dans le sable des premières dunes, se métamorphosait en petit chemin vaguement goudronné, parsemé de nids de poule de plus en plus larges. Tout au bout, légèrement en contrebas, s’écrasait le vestige d’une vraie guerre pour manuels scolaires.
On avait peint le bunker à la chaux, on avait glissé des châssis double vitrage dans les meurtrières. On y avait même accroché de beaux petits volets blancs comme si ça suffisait pour transformer un bâtiment belliqueux et hargneux en une chaumière rustique et paisible. Comme si on pouvait déguiser un bunker en maison de poupées !
Le père de Kevin les attendait, amusé, adossé à une barrière ornée d’un joli panneau avec une photo de berger allemand aux dents vampiriques invitant les promeneurs à aller se faire foutre.
– Nico, t’approche pas trop de lui. S’il est déjà debout, c’est qu’il n’est pas encore allé se coucher. Et si il n’a pas dormi, c’est qu’il a bu toute la nuit.
Kevin ajouta :
– Et gaffe à l’haleine ! Je te dis. Vaut mieux rester à distance.
Il s’approcha de son père :
– ‘Pa, t’étais au courant pour Jeff Franquart ?
– Qu’est-ce qu’il a fait ce débilos ?
– Qu’il se tapait Jeanne le dernier vendredi du mois toute la nuit !
– Et moi qui croyais que tu avais passé la nuit à faire des châteaux de sable. C’est que ça devient des hommes, ces deux là !
Nico, à distance :
– C’est quand même pas avec ses allocs d’handic qu’il peut se la payer !
– Vous faites pas de bile pour lui, les mecs. Dans le village, on a dit que José, son père, avait revendu ses parts de l’atelier au Germain quand il a pris ce boulot de veilleur de nuit à Calais. Et que c’est elle qui a ramassé tout le pognon quand le père du débile est mort. Faut croire qu’en échange, le débile a un crédit illimité chez la pute. Ça s’appelle un payement en nature, les puceaux !
– Je vous jure que je vais pas le rater au boulot, le chouchou du patron !
Le père ricane :
– De plus, je suis persuadé que ton boss à des trucs à se faire pardonner. Sa gentillesse, elle est pas normale !
– Qu’est-ce que tu veux dire, ‘pa ?
– Des bruits qui se bousculaient dans le village à l’époque.

***

Jeanne le devançait de quelques pas. Quand elle fut cinq ou six mètres devant lui, elle se retourna, le dévisagea comme si c’était la première fois. Elle s’abaissa, s’agenouilla, captura une poignée de sable qu’elle laissa filer entre ses doigts, lentement, tentant de retenir ce qui ne pouvait l’être. Elle se releva, lui jeta un regard flou ponctué d’un haussement de sourcils, léger comme une vague en bout de course léchant le sable.
C’était une soirée de chaleur sèche sans le moindre souffle de vent, un début de nuit qui se régale d’une lune à moitié pleine gommant toute aspérité, arrondissant davantage les courbes enchevêtrées des dunes. Les silhouettes des amants projetaient deux ombres épaisses et volatiles sur les dunes, comme un dessin de Hugo Pratt. Images en noir et blanc d’un homme et une femme que le crépuscule lunaire découpe en contours aléatoires. Le sable ne s’apprivoise pas. Leurs voix, elles, s’évaporaient dans l’air chaud.
A une cinquante de mètres, un point lumineux, la fenêtre faiblement éclairée d’un cabanon, à hauteur de digue. Jeanne frôla Vlad comme si le bras de son homme était recouvert d’une étoffe précieuse :
– Germain et José ne se quittaient jamais. Et ça remontait loin… quand ils étaient gamins ! Alors, je ne te dis pas quand José à commencer à faire tous les critériums du coin, chaque week-end. Bon, tu la connais cette histoire !
– Il t’attend !
– Tu n’es pas crédible quand tu joues les jaloux !
– Raconte-moi encore son père, toi et Germain.
– Encore !
– Nous, les slaves, on aime les belles histoires désespérées et désespérantes qu’on se répète indéfiniment et ostensiblement.
– Par où veux-tu que je commence, cette fois ?
– Les femmes et José.
– Mystère ! J’ai toujours soupçonné José de se contenter du rôle du beau mec sur un piédestal. Germain, lui, les ramenait dans son lit.
– La séduction pour l’un, le sexe pour l’autre ! Et la petite Jeanne là-dedans ?
Elle rit, se tourna vers lui. Ses doigts quittèrent le bras de l’amoureux, caressèrent se joue gauche, terminant leur balade juste en dessous des lèvres.
– J’ai toujours été fasciné par les vieux princes charmants inaccessibles !
– Tu as bien changé, petite tsarine !
– Pas tant que ça !
Elle enroula son bras autour du sien, posa sa tête sur l’épaule du slave filiforme. Ils dépassèrent le reflet de la fenêtre faiblement éclairée, se dirigèrent vers la rampe menant à la digue.
– Ton Tchitchikov, que peut-il fabriquer avec toutes ces âmes mortes ?
– Il arpente la campagne russe, les rachète aux gros propriétaires terriens qui devaient payer un impôt sur la tête de leurs serfs, qu’ils soient morts ou vivants.
– Une taxe sur les morts ?
– Tout le système fiscal de l’époque était basé sur les recensements. Tu étais taxé sur la base du dernier et tant pis pour toi si l’un de tes serfs était mort entre-temps. L’impôt restait dû. Seul le recensement décidait de qui était mort ou vivant !
– D’accord, j’ai compris. Mais, ton Tchitchikov, à quoi ça lui sert de racheter des âmes mortes?
– Ça lui permet d’augmenter virtuellement son capital et, donc, sa capacité d’emprunt puisqu’il peut mettre toutes ces âmes mortes en gage. Le vendeur, lui, économise l’impôt.
– C’est très, très tordu comme système !
Il rit :
– C’est très, très russe ! Nous avons des siècles de monde virtuel derrière nous. Le russe s’est toujours méfié des philosophies trop simplistes. Alors, il les pervertit ! Nous adorons les chemins tortueux. Et, puis, tant qu’à mourir un jour, autant compliquer la vie !

Un léger vent venu du large poussait les deux amants sur la digue où quelques enfants insomniaques tournoyaient autour de leurs parents comme des chiens fous dont on a retiré la laisse ou des vautours parricides assaillant leurs victimes esseulées de questions et de plaintes multiples. Alors, vaincus, les procréateurs naïfs croyaient acheter quelques minutes de silence à coups de crèmes glacées, de sodas, se jurant d’avancer l’heure du coucher dès le lendemain, vacances ou pas vacances. Certains couples se croyaient plus futés et abandonnaient leur descendance dans un lunapark, se réjouissant de leur rentrée prochaine dans l’école des grands. Vivement septembre ! Les autres patienteraient encore 2, 3, 4 ou 5 ans.
Jeanne et Vlad slalomaient entre les couples avec ou sans enfants. Certaines femmes n’ayant pas encore connu les affres de l’épisiotomie, louchaient, des étoiles dans les yeux, vers leur ventre engrossé alors que les maris échafaudaient silencieusement les plans d’une maison qui ne seraient qu’à eux. A bas la location, vive l’emprunt ! D’autres époux, plus blasés, déjà intronisés une, deux ou trois fois du titre glorieux de père, lorgnaient vers le ventre presque plat de celles dont la chair n’avait pas encore été sculptée par les vergetures. Ceux-là étaient capables d’estimer le montant d’une éventuelle pension alimentaire en un coup d’œil.
Jeanne et Vlad souriaient. Se rapprochèrent, se collèrent, épaule contre épaule.
– Et Maria ?
– Elle est arrivée au début de l’été. Une vraie coureuse !
– Tu es encore jalouse après toutes ces années !
– Elle passait de bras en bras… une vraie allumeuse, je te dis. Début août, elle a mis le grappin sur le beau José… et le grand romantique s’est noyée dans ses yeux noisette.
– Romantique ?
– Son image de séducteur, c’était juste une carapace. Un genre qu’il se donnait alors qu’il attendait tranquillement la femme de sa vie. Les bouquets pour José, les femmes sur la banquette de la Peugeot pour Germain. Un deal muet entre amis !
Elle lui raconta son adolescence à elle avec l’étrangère qui vint tout gâcher, la fascination de José pour cette femme d’ailleurs. Les heures solitaires de Germain Chez Marinette, l’intrusion de la mangeuse d’hommes dans l’atelier. La solitude de Germain les soirs de victoire jusqu’à ce que.
– L’isolement de Germain, je ne l’ai comprise que bien après. Il n’y en avait que pour ma tristesse à moi.
– José a arrêté les courses cyclistes ?
– Non, mais les soirées de victoire, c’était pour Maria pendant que Germain rangeait le matériel dans le break. Jusqu’à ce que la belle de Nancy se lasse d’un vainqueur fatigué une fois, deux fois, trois fois. Pour Germain, tout redevenait normal, comme avant. Et puis, il y a eu le bébé !
Vlad écouta la suite de l’histoire. Il la connaissait par cœur mais ne se lassait pas d’entendre l’amoureuse lui réciter les années d’avant lui.

Jeanne lui chuchota cette nuit interminable où elle l’avait hébergé, il y a un peu moins de vingt ans. Elle avait accueilli un regard vide, un corps désarticulé par le chagrin. L’Allumeuse l’avait déserté pour d’autres avants bras, lui laissant le petit comme preuve de son passage dans les dunes. Gerrmain lui avoua alors ses petites trahisons sur la banquette arrière du break.
Quelques jours plus tard, il quitta l’atelier pour une place de veilleur de nuit sur le chantier naval de Calais.
– Mais tout ça, je te l’ai déjà raconté des dizaines de fois !
Après, il n’y aurait jamais plus de bals et de courses cyclistes. Il n’y en aurait plus que pour Jeff. Rien que pour Jeff ! Jeanne, elle, veillerait le petit durant les nuits d’absence du père. Plus tard, José refusera que le gamin prenne le car pour l’école. Il serait le papa et la maman, l’instituteur et l’unique compagnon de jeu. Jeanne tenta de lui expliquer qu’on n’élève pas un enfant sur un piédestal. José ne voulut rien entendre. Il exigeait un monde parfait pour l’enfant, sans contraintes, sans aspérités et, surtout, sans larmes. Jeff grandit, entra dans l’adolescence, put se passer de la présence nocturne de la jeune femme et prit l’habitude de s’endormir devant la télévision. José se débrouilla pour lui obtenir une pension de handicapé. A partir de là, Jeff devint un intouchable, flottant dans une bulle confortable. Puis la santé de son père déclina rapidement, comme s’il pouvait enfin disparaître, enseveli sous un vieux chagrin.
Vlad s’arrêta et lui fit face.
– Okay, okay, mais pour l’histoire de la nuit de vendredi, tu as fait fort ! C’est un drôle d’héritage que tu as accepté !
– Parce que ton Tchitchikov et son trafic d’âmes mortes, c’est pas tordu ? Comme tu vois, il n’y a pas grand-chose à comprendre !
Elle lui reprit la main. Leurs doigts s’entrelacèrent, se caressèrent, abandonnant tous leurs fantômes sur la peau de l’autre.

Là-bas, juste en dessous de la lune, à 1500 mètres, au bout du bout de la digue, se dressait un bâtiment d’une blancheur virginale, impudique, vestige de béton du début des années ’60 toutes lisses. A sa création, hôtel côtier de renom dessiné par un mec sorti tout droit des usines Lego, sorte de paquebot à la proue arrogante ancré dans le sol sablonneux. Aujourd’hui, un truc bizarre tout blanc, genre vieille soucoupe volante clinquante privée de ses pouvoirs de lévitation.
Des grandes baies vitrées protégeaient les stores en lamelles sur trois niveaux surmontés d’un toit plat. Devant, une rotonde toute en vitres à la rencontre de l’océan, brisant cet ensemble rectiligne tout en arêtes. Derrière, côté dunes, deux parkings fléchés. Le premier, pour le personnel soignant, l’autre attribué aux visiteurs, comme si ces deux catégories d’êtres humains ne pouvaient pas cohabiter, comme si elles étaient les seules à pouvoir rentrer et sortir à leur guise.
A gauche du mastodonte ensablé, toujours côté dunes, deux panneaux fléchés :« Entrée des fournisseurs » et « Chapelle » plus un sous-titre discret, « Morgue ». Sur un petit muret coiffé de tuiles rouges, une plaque en cuivre, celles qu’on trouve à la gauche des portes en chêne des maisons bourgeoises abritant médecins et notaires, ornée d’un lettrage distingué : Le Bonheur chez Soi. Écrasé en dessous de cette promesse illusoire, en tout petits italiques: Maison de repos.
Vlad, d’un coup de menton, lui montra une fenêtre éclairée du deuxième étage :
– N’oublie pas de l’inviter !
– Une valse pour Monsieur Vanderbiest, comme chaque 14 juillet. Mais on n’y est pas encore !
– Monsieur Vanderbiest et tous les autres !
– Et toi, tu m’attendras au bar comme chaque 14 juillet. Et tu seras saoul ! Et tu seras beau, et tu t’appuieras sur moi pendant le feu d’artifice en me récitant des poèmes russes en russe. Et je ne pigerai rien. Et tu seras là comme chaque fin de nuit ! Et on rentrera à l’aube, et tu nous feras écouter ton cd de chants grégoriens.
Elle posa les doigts sur les tempes de l’amoureux, entoura ses joues creuses de ses mains, se hissa sur la pointe des pieds, ses lèvres perdues dans les grandes mèches blondes.

***

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