Juste entre Perec et Eddy Merckx

Je me souviens de la Suzuki 250 jaune de Joël Robert, du tailleur rose-rouge-sang de Jackie Kennedy dans Paris-Match, de la coupe afro d’Angela Davis, des filles-patchouli, de la livrée bleu-orange des GT40 de John Wyer, d’un disquaire de Namur qui avait censuré le titre Never mind the bollocks de la pochette jaune et rose des Sex Pistols en le traduisant par : Ce n’est pas de la nouille. Je me souviens des trotskystes et des maoïstes -et que ça se foutait de grands pains sur la gueule-, de Gaston Rahier qui roulait sur une Ossa 250 rouge -bien avant le Dakar pour B.M.W., de Joël Robert qui avait commencé sur C.Z. -une moto tchèque-, de Brigitte Fontaine qui était déjà complètement frappadingue en plus d’être très-très-très belle. Je me souviens qu’on a pu croire que le monde allait changer avec la démission de Nixon en 1973 et la fin de la guerre du Vietnam en 1974, que j’étais très fâché, à 12 ans, quand ma grand-mère m’annonça que j’avais encore une sœur: j’ai envoyé valser mon cartable sur le trottoir de la rue de la Station. A Gembloux, il n’y avait qu’un bistrot potable, le Sun.

Il jure qu’il n’a jamais cru que la chute du mur de Berlin arrangerait quoi que ce soit. Plus de frontière pour l’extension du capitalisme. Youpee! Il aurait aimé que son père accepte ce boulot au Brésil, il a toujours aimé les palmiers et la terre rouge.

Il y avait les Ray-Bann de Dylan sur la pochette de Blonde on Blonde, les cols maos des Kinks, les pattes d’eph de Jimmy Hendrix et les lunettes rondes de Lennon.

Je me souviens de plein de trucs plic ploc en 1969.
D’avoir écouté des dizaines de fois en août Abbey Road des Beatles et Song from a room de Léonard Cohen (Tonight will be fine; tu as commencé à m’aimer, j’ai commencé à jeûner), chez mes grands-parents maternels à Marche en Famenne. J’avais plein d’examens de passage.
De la victoire de Jacky Ickx aux 24 heures du Mans. Tout le monde se demandait pourquoi il s’était arrêté aux stands pour un changement de plaquettes de frein, à cinquante minutes de la fin. Cinquante minutes plus tard, il déposait Gérard Larousse à l’entrée du dernier virage, à quelques centaines de mètres du drapeau à damiers. Les freins de la Porsche 908 étaient out.
D’avoir été très choqué par la mort de Ian Palach, que j’y pense encore très-très-très souvent (images N&B d’un corps en feu avec les chars soviétiques pas très loin). Il me faudrait encore attendre 4 ans avant de faire ma demande d’objecteur de conscience.
Du premier tour de France de Eddy Merckx et des 4 maillots qu’i l’enfila les uns sur les autres, le 21 juillet, sur le podium des Champs Elysées. Le jaune, le vert, celui de la meilleure équipe (Faema!), celui du meilleur grimpeur (je ne crois pas que le maillot à pois existât déjà).

Il aimerait qu’on mélange ses cendres à la terre rouge d’Afrique mais ça n’urge pas.

Je me souviens de l’énorme tv noir et blanc qu’on appelait Mimie -j’avais une tante Mimie qui était très-très-très grosse (Papa, on peut allumer Mimie?)-, de Sœur Sourire et Fifi Brindacier.
Je me souviens de Pour, En attendant, More. Des Johnson, Saint-Michel et Gitanes, sans filtre évidemment. Des Belga de ma mère et de son cancer du sein, de la dernière mandale que m’a mise mon père (je me suis baissé et il s’est pris la poutre avec le plat de la main), des bagarres dans la cour de récré entre ceux de Gembloux « Pays des fous » et ceux de Grand-Manil « Pays des Imbéciles ». De Dalva, La conjuration des imbéciles, La fée Carabine, Légendes d’Automne, Le monde selon Garp. De Porto, Paris, Londres, Barcelone, Istanbul, Paris, Rome, Paris, Amsterdam, Londres, Venise, Berlin, Prague, Berlin.

Il n’aime pas dutout-dutout-dutout qu’on le traite de bobo, il leur foutrait bien une mandale voire un coup de boule.

Je me souviens de plein de trucs plic ploc en 1976.
De Taxi Driver, de Elsa la louve des SS que je n’ai jamais vu, de mon dépucelage cinéphilique au Musée du Cinéma -5 francs la séance-, des avis de recherche concernant La bande à Baader dans le commissariat d’Ixelles, de Vous n’aurez pas ma fleur, celle qui me pousse à l’intérieur.
De la R10 verte de Bernard. Quand Horses de Patti Smith est sorti, on a chargé ma chaîne hifi sur la banquette arrière de la R10 verte, on est parti chez Pierre, à Leuven. Pierre n’avait qu’un bête radio cassette et je l’avais appâté avec le single de Hey Joe sur King Kong, l’émission de Marc Moulin.
Des manifs contre Pinochet et Franco. Contre V.D.B. Les flics avaient chargé à cheval. La rumeur courrait qu’un étudiant était mort et que l’enterrement aurait lieu au cimetière d’Ixelles.
De Neu’75, du reggae (Toots and the Maytals, U Roy, I Roy), de Cado Radio à la Bascule, de Cado Radio rue de l’université à Ixelles, des parkas vert-militaire pleines de poches, du badge avec le fusil brisé des objecteurs de conscience, de La véritable histoire du soldat inconnu, des premiers (A suivre) qu’on trouvait dans une librairie juste en face du cimetière d’Ixelles, de Reiser, Brétecher, Mandrika (première fois que j’appréciais des bandes dessinées avec des gros nez!)
De Bernard qui écoutait du planant , Pierre des folkeux et moi, quelque part entre Dylan, le Velvet, Rum, Autobahn et Jah.

Je me souviens des bobos de 1976 -on les appelait babas-, de David Hamilton, Dark side of the moon, Vasarely, Folon (ok, j’ai vu une expo Folon!). Encore quelques mois et ils prendraient tous des cours de pogo pour rester dans la hype!
Du concert de Patti Smith à l’U.L.B. le 14/5/1976. Elle reprit deux fois l’intégralité de Horses en rappel. Gloria ! GLORIA !
Je me souviens de l’atterrissage du 747 de la Sabena à l’aéroport de Mirabel, de mes déambulations rue Saint-Denis à la recherche des romans et recueils de poésie de Léonard Cohen (My favorite game et Beautiful loser), des bus de Montréal et leurs panneaux juste au-dessus du chauffeur : Ici, on ne fume que du tabac. D’un concert en Gaspésie et des 3 ou 4 places réservées, inoccupées. Trois ou quatre français qui s’étaient noyés dans le Saint-Laurent la veille. Et les québécois narquois (beaucoup), hilares (quelques uns): Des français ? De la chair à requin!

J’ai détesté les gauchistes en loden vert de la première candi de droit à l’U.L.B. et leurs soirées à fumer la pipe (du Clan!) à écouter Brel-Ferré-Brassens (y en avait aucun qui connaissait François Béranger!), et les futures petites filles déjà riches de la même première candi de droit (briquets Dupont!).

Plus tard, il y eut les Pixies (aaargl, Kim Deal!), London calling, Animal collective, Beck, White Stripes, Nirvana, Papa Wemba (Wendo…surtout Wendo!). Incendies, Holly motors, Sound of noise. L’énigme de Kaspar Hauser, Hanna Schygulla (aaargl, bellissima !), Bruno Ganz. J’ai même cru que les Borlée ramèneraient un podium de Londres !

Je me souviens de La vie, mode d’emploi dont j’ai décroché après 82 pages, du Bûcher des vanités après une centaine de pages, de Jazz après trente ou quarante pages. De Tree of life en 2011 (no comment! Beurk-beurk-beurk!) De Hanif Kureishi et Stephen Frears (wowww!) De juillet 2012 où je me suis accroché de toutes mes forces aux 620 pages de Ville noire, ville blanche parce que son auteur avait écrit le scénar de Clockers, un film de Spike Lee… et que je voulais savoir pourquoi j’irais jusqu’au bout alors qu’il me tombait des mains un jour sur deux.

Il ne sait toujours pas s’il a aimé Houellebecq, il aime assez quand ses fils l’appellent Papy punk.

 Je n’oublie pas qu’il y a des Tutsis et des Hutus au Rwanda. Beaucoup plus d’Hutus que de Tutsis.

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