Bruxelles, Ségou en passant par le pays dogon (petites suites maliennes)

BRUXELLES-BAMAKO-SEGOU (mail 1)

11 heures d’attente le 22 à Lisbonne, les yeux se perdant ans les hublots lumineux du plafond / Lisbonne -> Bamako / l’ami d’ici et de là-bas dans la chaleur de Bamako / odeurs de pneu-plastique cramé, comme en 2010 / moustiques pic-pic / CALOR-CALOR

Bamako-Ségou le 23. On a attendu près d’une heure pour avoir des places dans un car. Bousculades. Ça crie, ça vend de tout, ça s’interpelle, ça se hèle. Le car avec certains sièges fixés grâce à un jeu de grosses ficelles. Faut escalader des bidons qui squattent le couloir, se frayer un chemin jusqu’aux deux sièges tout à l’arrière. Quatre heures dans la calor. Au dessous des pieds, une trappe pas vraiment hermétique. En dessous de la trappe, le moteur. Au dessus de la trappe, la plante des pieds qui ne va pas tarder à fondre. Les mollets, aussi.

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Tity, 14h30 / retrouvailles / la Belgique, ça va? / la famille, ça va? / manger-manger: j’ai FAIM / les sons qui viennent de partout / l’ami d’ici et de là-bas, et Tity / sieste / et la nuit qui tombe en une vingtaine de minutes

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Le 24, sur les écrans du monde entier, un Airbus émietté dans les Alpes provençales / fait divers hyper tragique pour une information mondiale / y aura toujours du boulot pour les journaleux

(bouquin de Nic Kent sous la payotte / 1 lézard / histoire de pogos sous narcotiques divers entre Londres et Los Angeles/deux lézards sur la façade blanche/CALOR-CALOR / trois lézards font la course sur le gravier rouge / obladi oblada / les lézards se foutent bien des infos mortifères)

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Les filles de Ségou et leur moto. Cambrées, hautaines, comme si elles conduisaient et se projetaient au-delà d’une ligne d’horizon là-bas tout au fond de l’image, les yeux cachés derrière leur lunettes de soleil à la mode.
Les bouches des filles de Ségou. Goulues, pincées. Des lèvres de tragédiennes. Éclatantes, épaisses, figées. Elles ne parlent pas, ne bougent pas, puis éclatent dans un fou rire moqueur. Dégoûtées, blasées, hautaines. Ironiques, fatiguées, et fatalistes. Des lèvres-vagues presque immobiles, des lèvres de Pompadour qui attendent que le monde entier les supplie d’entrouvrir la bouche, de montrer les dents. Bouches rondes, ovales, amusées . Lèvres-mirages. Lèvres-tornades. Lèvres-mangues. Des bouches qui éructent, aussi.
Les mecs de Ségou et leur moto. Le dos voûté, les épaules rentrantes. Toute la force dans les épaules et sur la poignée des gaz. Lunettes de soleil sur le front, parfois, souvent.

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Je suis Mango Man. Le bouffeur de mangues fruitées, sucrées juteuses. Discussions politiques à 3. Deux Castel, la bière, à deux, sur le bord du fleuve Niger. Un peu pétés. Soumi arrive vendredi aprem. on se casse samedi chez les Dogons. Où étaient passés les lézards ce matin?

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DU 28 AU 30, LA FALAISE DE BANDIAGARA (mail 2)

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28/03/2015: Ségo->Sevare->Bandiagara->Dourou (11h->20h)
CALOR CALOR CALOR ENCOR
Sevare-Bandiagara dans un très vieux et très cabossé Renault Trafic tollé. Devant: chauffeur con + 2 adultes style notables du coin. Derrière: 17 adultes dont trois grosses (très) + 4 gosses + roue de secours + table basse en plastique + 2 ou 3 cabas (gros-gros). Musique à donf dans haut-parleur pourri. Bagarre entre une grosse vraiment grosse et une autre. CALOR! (on en reparlera dans un autre texte).
Banane plantain sur la falaise de Bandiagara. Yeah! Arrivée à Dourou. Campement fermé, désertion complète des touristes. J-M et moi seront les seuls visages pâles au pays dogon. Villages quasi-fantômes lors du périple. Mélopée de voix féminines avec crécelles dans la nuit. Envoûtant, hypnotique. On va dormir sur la terrasse (toit plat) du campement. Ai oublié de préciser: on est accompagné de Soumi, l’ami-guide de Bamako. Plus facile pour marchander (tout marchander).

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29/03/2015: nuit de merde/VENT!/regarder les étoiles/COOL!
Les voix envoûtantes résonnent à nouveau dès 6 heures du mat. Beignets (froufrou) + nescafé. Les voix féminines se rapprochent: procession de gamins chantant en bure. Certains tirent davantage la gueule que d’autres et marchent les jambes écartés. Explication: rite de la circoncision dans tout le pays dogon (catholiques / musulmans / animistes). On en reparlera.

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On marche. CALOR ENCOR. On a acheté des noix de Cola. Marque de respect pour les vieux qu’on croise: une noix de cola. Ça speede et ça permet de sauter un repas (c’est vrai!). On marche. Arrivée à Bégnématou dans laprem. Manger. Tô (mil style polenta + sauce au Combo et feuille de baobab) Pas fan, pas plus qu’en 2010. J-M et Soumi se régalent.
(Rappel important: main droite pour le manger / main gauche pour le caca)
Le lézard de Ségou à la queue et au cou orange est là, juste devant moi. Sur la paillote de ma case. Il s’arrête régulièrement soudainement et, la tête immobile, entreprend une série de pompages. Repart.
Chants et crécelles ici, aussi, qui résonnent dans toute la falaise jusque bien après le coucher du soleil. Popo la tête dans les étoiles suivi d’une tentative de gros dodo.

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30/03/2015: nuit de merde dans case en terre battue surchauffée/tour du village vers 9h avec Michel-chef-du-campement/distribution de cola aux vieux très vieux / plante répertoriée comme la plus ancienne du monde entier / arbuste qui détourne le tonnerre / au bord de la falaise -> la plaine tout en bas / points minuscules tout tout en bas -> tentes peules.
Tomber sur un «Michel» dogon, ça le fait! Par respect pour lui, j’ai décidé que je l’appellerais Michel 1er, qu’on m’appellerait Michel 2. La famille est d’accord. Rires.

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30/03/2015: 11h. Descente de la falaise par une gorge toute en cailloux et rochers. On se croise. Et la Belgique, sewo? Sewo. Et la famille, sewo? Sewo. Et la nuit, sewo? Sewo. Yapo! (on en reparle). Dans la caillasse parfois abrupte, on se fait doubler par des gamines et des petites vieilles aux pieds nus, chapeautées par un sac de riz ou d’oignons. Ou surmontée d’une bassine (remplie, off course).
En bas, d’autres circoncis, d’autres crécelles, toujours la même mélopée qui résonne au pied de la falaise.
En bas, on goûte la Dolo plus chaude que tiède (bière de mil). On passe d’une paillote à l’autre, on goûte avant de se décider. Les alcoolos du coin n’arrêtent pas de goûter, et ne se décident jamais. Bourrés gratis! Vers 15h, on remonte.

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L’équivalent de 3 ou 4 Montagne de Bueren, de caillasses et de rochers. On se fait encore doubler par des ptites fusées qui rigolent. Croisements. Sewo, sewo, sewo, sewo, sewo. Yapo! Des vieux, eux, ont attendu la fin du gros soleil pour descendre se bourrer la tronche. Yapo! Au-dessus, on est accueilli par les circoncis de Bégnématou. Crécelles et mélopée jusque 21h passé. Ouch! Je reste sur le bord de la falaise, à la sortie de la gorge, pour la mélopée, pour voir revenir ceux du marché. Ils s’éclairent à la lampe de poche ou au gsm. Un mec arrive épuisé au sommet: il a un mouton (pas maigre, le mouton) dans les bras.

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Le soir, j’entendrai chanter de nouvelles voix dans le village. Michel 1er m’explique que ce sont les répétitions dans l’église pour la messe de Pâques. Bien sûr que je peux y assister. La belle petite Marie me précède. Encore une fusée. Pfffffffff! Dans le noir, rien qu’avec les étoiles! Et l’ombre de l’église. Un bâtiment pas très grand en banco, comme toutes les cases (mélange boue et paille). Dedans, ça bouge du bassin et du popotin.

UNE JOURNÉE A SEGOU, à la recherche d’un vent forcément chaud (mail 3)

7h30, ça se réveille tout doucement dans la concession. Direction le frigo, Mango Man est de retour du pays dogon. Premier des quatre litres d’eau de la journée (sans compter les deux Castel beer de 16h30-18h00). Le lézard au cou et à la queue orange fait ses pompages. Son petit frère batifole dans l’herbe.
Nescafé. Douche 1. Nuit entre 26° et 32°. La mixture du guérisseur n’a pas encore d’effet sur mon dos.

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Avant-hier, j’ai écrit la préface de «Moi, je» (bouquin reprenant des textes autobiographiques des étudiants de l’ESAL).
Moto-taxi dans une benne de 1,20 sur 1,50m. Parfois, on est à trois ou quatre sur les mini banquettes qui se font face.. Parfois à 10 ou 12 (en comptant les grosses vraiment grosses).
Marché en ville: mangues / salade / haricots / mangues / poisson? / mouton? / mangues /b ousculades indolentes / tomates / oignons / igname / palabres / le prix du poulet

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Hier, j’ai écrit le §4 de «8, rue de la Madeleine».
Vers 13h30/14h00, dîner. Quand c’est Ada, ça déchire! Hier, repas sénégalais avec le meilleure poisson d’eau douce du monde entier: le Capitaine. Dans le pays dogon, on avait le choix entre du riz et/ou du couscous et/ou des spaghetti. Arrosés chaque fois d’un jus de tomates pelées (en boîte) agrémenté d’oignons locaux. Lassant.
Entre 40° et 42° à l’ombre, sous la paillote.

Lecture dans le hamac («Raylan» de Elmore Léonard) ou micro sieste (j’ai du mal avec les siestes ici).

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Vers 15h00, marché juste à côté. Hier, on est parti un peu plus tôt en moto-taxi.
Le fleuve Niger: gamins qui jouaient dans l’eau / un mec qui faisait sa lessive/des femmes qui faisaient la lessive / des femmes qui faisaient la vaisselle / un mec qui baignait un poulain gris et un cheval noir dans l’eau du fleuve / 6 moutons sur le bord de l’eau/des mecs qui bétonnent la digue sous 40°. A côté, la Meuse est un fleuve de tapette (ceci dit, sans la moindre parcelle d’homophobie de ma part… ).

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Calor, CALOR! En revenant, on s’est fait deux Castel beer en ville. D’habitude, on se les fait au Cayor, près de la maison, au retour du second marché de la journée, celui où la belle Maryam vend des salades, avec son ventre engrossé de 5 ou 6 mois. Le Cayor, Bar-Bordel-Bouffe avec la poussière rouge et les murs de banco comme décor. Western!
Vers 18h00 mais pas seulement. Moto rentrant dans la concession. C’est Pap. Pap et sa passion pour le rock, Pap qui prie quand le muezzin insiste du haut de la mosquée, Pap qui parle de Bruce Springsteen, des Kinks, des Pixies. Pap qui aime l’accordéon.

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Douche. Je profite des douches pour nettoyer deux, trois fringues. Moins chiant qu’avant- hier où je me suis tapé deux heures de lessive. Ne pas oublier de s’asperger d’anti moustiques! La nuit tombe en une trentaine de minutes.
Sieste-hamac et lecture-hamac et écriture-table en attendant la salade de J-M entre 21 et 22h30.

Il est temps que je replonge dans mes notes et dans «Les chroniques maliennes».
Vers minuit, lire au pieu calfeutré en dessous de la moustiquaire avec le ventilo qui ventile le ventre du toubabou.

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