Juste un lundi qui s’efface

Déjà que tu as expliqué au téléphone un paquet de fois que c’était un jour férié, voire même une fête religieuse, ce qui n’est pas facile à verbaliser pour un athée/agnostique/ païen/mécréant. Déjà que t’as dû digérer le jet lag Liège-Paris-Liège, le tout en 64 heures. Déjà que t’as une meuf qui t’a bien fait chier alors que tu terminais ton boulot là-haut parce qu’elle pouvait pas attendre deux secondes de plus la réponse à une question pas importante du tout, voire une question con de chez Con.
Alors la vie fait que t’es amené à troquer l’atelier d’écriture du lundi contre le duo Orval+Chimay.
Donc, tu te fais à l’idée insoutenable de boire un lundi férié. Donc, direction place du Marché. Donc, direction La Toccata. Donc, tu traverses la terrasse étroite recouverte d’un bleu sale. Et tu rentres, et tu t’assois le long du bar.

Déjà que t’as décidé de rester en bas parce que des bruits/glapissements/hurlements d’enfants suintent/dégoulinent/déferlent du premier étage dans la cage d’escalier. Déjà qu’avant ça, t’as traversé les terrasses de la place du Marché sous le regard forcément vide de zombies qui ont déjà fait le plein d’u.v. sur leur peau momifiée. Déjà qu’avant ça t’as dû trouver un Mister cash sans queue.
Alors tu t’assois le long du bar, tu sors ton ordi de ton sac noir, tu demandes un Orval en sachant qu’après, il y aura une Chimay rouge. Çà, t’en es sûr de chez Sûr (pour la Chimay qui suivra l’Orval). Donc, tu te dis que tu ne sors pas du bistrot sans avoir écrit un texte juste le temps de boire un Orval + une Chimay. Et là, t’ouvres Word 2007 sur ton Windows 8 (parce que tu t’es promis de pas tomber dans le piège du 10, tout ça parce qu’il est gratuit mais que c’est pas très clair, ce cadeau de Bill Gates). Et là, tu te rends compte qu’il n’y en a que pour NRJ et Cauet. Toi, tu croyais que ce mec était mort dans d’atroces souffrances il y a une dizaine d’années (au moins). Toi, tu t’es promis de terminer ton texte alors qu’il reste trois centimètres de Chimay. Toi, dans trois centimètres de Chimay, en tendant ton billet de 10, tu vas faire ami-ami avec le mec du bar qui rit à la moindre feinte du gros mort vivant et de sa nouvelle copine Laurie .
Là, il est 20h12, et tu dis que tu ferais bien La tribune un lundi férié.

Lui, il ne savait pas encore qu’il serait hypnotisé trois centimètres plus tard par la friterie de la place du Marché, qu’il en ressortirait avec une petite portion + andalouse, qu’il se retrouverait assis place Léopold entouré d’un casting des frères Dardenne, qu’il retournerait prendre son vélo place du Marché, qu’il téléphonerait à l’Aîné, qu’ils parleraient de Madlib et du Petit qui voyage au pays des kangourous écrasés par les roadtrains, qu’avant d’enfourcher son vélo, il verrait les grands gestes de l’Amie et le sourire des Deux. Qu’il retrouverait les 3, avec un verre de vin, au Bolas Bug, une vingtaine de mètres plus tard.

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