Dimanche, entre 20h30 et 23h30

L’enfant barbu fait des bulles studieusement. Il est déçu, ça marchait mieux tout à l’heure. L’enfant barbu souffle dans le vide. Ça ne marche pas avec du CIF. L’ado boudeur sort du grand miroir un peu malgré lui. Il bougonne. Il est sur ses gardes, aux aguets. Se retourne à nouveau vers le grand miroir où il se sent chez lui. Le fantôme, lui, un coup il est là, un coup il disparaît. Le fantôme sourit. Ça fait partie du job d’hôte.
Dehors, dans la cour aux vieilles dalles, le marin-jongleur fait son show et l’homme léopard n’est pas encore là.
Dedans, certains prétendent que David Lynch ne va pas tarder. A croire que l’homo-métis l’avait pressenti. Il s’est mis en condition. Pizza + olives + cure dents. Il déteste manger les olives avec les doigts. Sur la scène, le chanteur énervé tape du pied, harangue, trépigne. Il a la paupière alcoolisée et le sourcil fâché. On ne la lui fait pas. Il veut des applaudissements, un point c’est tout ! Le fantôme-sourire s’est téléporté à l’autre bout de la salle. Il écoute la grosse dame qui en a plus que marre qu’on la prenne pour une salope après tout ce qu’elle a fait pour lui.
Dehors, le marin-jongleur filiforme, un foulard ceingnant le dessus de sa tête, se déplace par longues enjambées, le regard halluciné. Le marin adore les acides. Ça se voit tout de suite. Il en est à son deuxième. L’homme léopard n’est toujours pas là. David Lynch non plus.
Dedans, l’homo-métis est déçu et le cache bien derrière ses lunettes noires. C’est à son tour de monter sur la scène. Il ne parait pas ému, il est prêt. Bonsoir, goedenavond, guten Abend. La salle polyglotte applaudit, bienveillante. Eux n’ont jamais vraiment cru à la venue du réalisateur au grand front et longues mèches grises. L’ado boudeur à la mèche de poney sur le dessus du crâne s’en fout. Il s’éloigne du miroir et gagne la scène. A lui de haranguer. Alors, il harangue, mollement. L’enfant barbu, lui, il sait qu’après, ce sera son tour. Alors, il cherche ses mots dans une farde en plastique géante. Il a profité d’un instant d’étourdissement de l’homo-métisse pour lui piquer ses lunettes noires.
Dehors, le marin-jongleur tente le tout pour le tout. Toujours silencieux, toujours filiforme, toujours les pupilles en tête d’épingle, le foulard descendant toujours un peu plus sur le front, les enjambées toujours plus longues. Peur ! L’homme léopard est assis à même les grosses dalles. Le chanteur énervé l’écoute à peine.
Dedans, l’enfant barbu occupe le terrain. Ici, les gens sont gentils, on ne va pas le jeter au bout de 3 minutes. Le fantôme-sourire a troqué son gsm contre des frites mayo. L’homo-métis n’en veut pas à l’enfant barbu pour le vol de lunettes noires. Il avait prévu le coup ce matin en parcourant google à la recherche des techniques de maquillage sous la Basse-Égypte. Là, maintenant, il est assis sur un haut tabouret face au grand miroir. Fasciné. Une extase immobile. Putain de regard ! Et ces yeux en amande charbonnés ! Le khôl, wawww !

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