Et si on commençait par une forêt de bananiers géants !

– Oui, oui… c’est une bonne idée !
Lui, il venait de lui raconter ce rêve venu de la petite enfance africaine alors que sa chambre donnait sur l’arbre à boa.
– Dis, ça serait chouette qu’on commence par ça !

Quand il était gosse, c’était carrément un vrai cauchemar qui le réveillait tout perdu sous la pleine lune bruyante d’insectes bavards au milieu de la savane, et qui s’était transformé en rêve-cocon à la fin de l’adolescence. Il se retrouvait coincé sur un pont suspendu en bambou, à une hauteur vertigineuse, au milieu de la jungle tropicale et forcément luxuriante. Absence totale de morceau de ciel bleu, obturation végétale totale. Obscurité moite. Végétation étouffante. Bien plus tard, alors qu’il sombrerait dans les nuits tempérées, il apprit à se lover dans ce cocon de bambou et de bananiers géants, à se réfugier au milieu de la nuit dans cette matrice luxuriante.
Aujourd’hui, le pont suspendu est son ami. Il suffit d’une nuit d’ici, angoissée et insomniaque, pour qu’il ressuscite les images tropicales et s’y réfugie. 1, 85 mètre en position fœtale à 200 mètres de haut sans l’ombre d’un rayon de soleil, avec des bananiers géants de part et d’autre d’un pont suspendu forcément un rien instable.

Il y a quelques mois, ils se sont revus dans le bistrot près du fleuve pour parler d’un nouveau projet de bd. Elle a évoqué un personnage féminin qui serait somnambule. Lui, il s’est dit qu’il y avait 4 ou 5 ans qu’ils tournaient autour de cette thématique. Ça les ramenait quelque part du côté de 7 jours de canicule. Pas pour le sujet mais pour l’environnement. La fois d’après, ils se sont revus pour étaler les bribes de l’histoire à venir. Elle lui a dit que ce n’était pas le moment de se lancer dans une histoire de somnambule. Déjà que lui, il confond somnambule et funambule ! Ils ne s’étaient plus vus pendant plusieurs semaines quand elle s’est ramenée avec un truc qui avait déjà été central dans Poils. Le désir, le sexe, et tout ça. Et s’ils se lançaient dans un récit où ça fantasmerait, baiserait, se culbuterait à tous les étages ! Un immeuble ou un quartier (on revient à 7 jours de canicule), où tous les habitants ne penseraient qu’à ça. Lui, il lui a parlé d’un documentaire sur le Chelsea hotel comme modèle d’un lieu où tous se mélangeraient. Il y aurait plein de séquences oniriques. Avec, aussi, des animaux (elle aime bien les animaux). Entre-temps, ils ont continué à se voir pour finaliser un projet de nouveau film d’animation qui se déroulerait dans un hôpital. Comme dans Anesthésie générale sauf que, là, on sort de l’autobiographie pour plonger dans une autre marée d’émotions, de délires oniriques rigolos et d’absurdités humaines. 
Lui, de son côté, au départ, ça l’a fait bander des histoires de cul dessinées, rigolotes et touchantes, qui vont bien au-delà des mots et des rires gras. Les enfants qui joueraient à touche pipi, les parents qui s’enverraient en l’air à coups de fantasmes, les chiens qui se renifleraient le cul nuit et jour, les vieux qui joueraient du fouet et des talons aiguilles. Sauf qu’il s’est très vite rendu compte que, en faire un bouquin de 200 pages, ça serait rapidement lassant, qu’il se voyait mal partir « là-dedans » pendant 2 ou 3 ans. Alors, il a commencé à tourner en rond.
Et puis, ils ne se sont plus vus pendant quelques semaines.

Et puis, il y eut le début de l’hiver, Noël, et tout ça. L’abandon de l’immeuble aux enfants qui joueraient à touche pipi, aux parents qui s’enverraient en l’air à coups de fantasmes, aux chiens qui se renifleraient le cul nuit et jour, aux vieux qui joueraient du fouet et des talons aiguilles. Le retour de la jeune femme funambule ou somnambule (lui, il ne fait toujours pas la différence). Leur envie d’une nouvelle apnée de 2 ou 3 ans. Le pont suspendu perdu dans une forêt de bananiers géants dans la chambre africaine juste en face de l’arbre au boa qui ferait peut-être un bon début d’histoire. Ces moment où l’on se lance dans le vide, où l’on joue avec des images plic-ploc, où rien n’est écrit, où l’on cherche les pièces d’un puzzle qui n’existe pas.
Elle, elle trouve ça excitant, leurs débuts d’histoire où tout est à inventer. Lui aussi, même si ça lui fout un peu (parfois) les chocottes. Comme une première fois, quoi !

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http://www.comixtrip.fr/bibliotheque/anesthesie-generale/

 

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